Putain de toi
       
       
         
         

Émilie

      Mon cher Ami,

Il y a une chanson de toi que j'apprécie tout particulièrement c'est «putain de toi».

Dans cette chanson tu parles d'un chat venant frapper à ta porte mais je pense que c'est métaphorique, peux-tu m'expliquer le sens de cette chanson s'il te plaît.

Merci.

Émilie

 

       

 

       

Georges Brassens

      Chère Émilie, Bonjour,

Les grands ne comprendront pas bien, mais je veux te dire à toi que cette chanson est une chanson d'amour. C'est même une lettre d'amour, une étreinte affectueuse mise en musique. Tu as peut-être remarqué que je m'adresse directement à quelqu'un à la deuxième personne, ce que je n'ai pas fait souvent si ce n'est précisément dans quelques chansons en forme de missive affectueuse, le plus souvent à des dames qui me furent chères.

Et tu as bien raison de penser que mon propos est teinté de nuances métaphoriques; les poètes sont souvent scrupuleux et de peur d'ennuyer les amis, ils réinventent la vérité, tentent de la rendre moins équivoque, plus jolie.

Avant de rencontrer celle qui allait devenir la femme de toute ma vie, à l'âge où Cupidon fait flèche de tout bois, j'avais évidemment vécu diverses amourettes plus ou moins conséquentes. Je te plais, tu me plais et c'était dans la manche. Et les grands sentiments n'étaient pas nécessairement de rigueur.

Mais la recherche de complicité qui rapproche deux amants restera toujours la plus marquante des activités humaines. Et il y eut bien dans le vieux Paris une blanche caille pour qui j'avais trop vite développé un attachement déraisonnable. Aussi, lorsque le temps eut érodé mes illusions, je me suis réveillé avec le goût amer de celui qui a été trompé.

Par cette chanson, j'ai voulu dire à cette nymphe du métro, (je l'avais rencontrée à la station Denfert-Rochereau) qu'alors que, vivant dans la lune, je n'attendais rien, ne demandais rien, son passage dans ma vie, en y faisant pour le meilleur et pour le pire, la pluie et le beau temps, m'avait tout de même valu de bien grandes joies. Mais qu'en conséquence les déceptions qu'elle m'infligea n'en avaient été que plus douloureuses. Mais je n'ai plus de rancune et mon coeur lui pardonne. Et si pour tout de même panser mon honneur je l'ai affublée de quelques épithètes irrévérencieuses, j'ai tout de même voulu lui offrir une chanson pour la remercier de m'avoir fait grandir.

Je suis heureux que cette chanson te plaise.

Un semeur de violettes.

G. B.