Marie-Claire
écrit à

   


Georges Brassens

   


Pour le plaisir de vous écrire
 

    Bonjour,

Voilà, juste pour le plaisir d'écrire à un des artistes que j'apprécie le plus et qui a bercé mon enfance comme l'a fait Boby Lapointe! J'adore vos chansons et je les chantonne toujours un peu partout où je passe. J'ai la chance d'avoir un papa mordu de bonne musique qui m'a fait connaître la vôtre donc je suis tombée dedans toute petite et je n'ai pas du tout envie d'en sortir! Vous devez déjà avoir reçu beaucoup de messages de ce genre mais bon, c'est toujours gratifiant de lire qu'on apprécie votre talent, je suppose!

Sur ce, je vous laisse,

Marie-Claire

Bonjour Marie-Claire,

Merci pour votre petit mot qui m’a fait grand plaisir. J’ai souvent dit que je concevais mes chansonnettes comme des lettres envoyées à des amis. Les applaudissements, bien sûr, c’est toujours la réponse immédiate, chaleureuse, gratifiante. Et à la sortie, les timides «J’aime bien ce que vous faites!» restent une validation agréable (Sacha Guitry répondait: «Moi aussi, j’aime bien ce que je fais!»).

Mais une petite note, quelques commentaires personnalisés, je les reçois donc comme un retour de correspondance, précieux, encourageant.

De plus, je suis heureux que vous m’associiez à mon ami Boby Lapointe, ce pierrot lunaire que j’admirais beaucoup et qui m'a tellement fait rire. Lorsqu’il était en première partie de mes spectacles, je ne manquais jamais d’assister à sa performance, depuis les coulisses, et chaque soir, puisque son numéro n’était jamais deux fois le même.

Plusieurs se sont étonnés lorsque j’ai dit qu’il faisait le genre de chansons que j’aurais aimé faire. Je ne sais pas si j’en aurais eu le génie, mais cette fusion d’acrobaties verbales et de récits abracadabrants correspondent assez à ma personnalité profonde. Les quelques courageux qui ont lu mon roman de jeunesse, «La tour des miracles», voient bien quelle direction aurait pu prendre ma production, si je n’avais pas jugé plus raisonnable, plus pragmatique, d’écrire des chansonnettes tout de même plus orthodoxes. Vous me donnez d’ailleurs un peu raison en mentionnant que vous choisissez de fredonner plutôt mes chansons, souvent, partout. Très peu de troubadours sous la douche s’aventurent à fredonner les extravagants délires de ce besogneux acharné de Boby. Très peu d’interprètes ont par ailleurs l’envergure requise pour oser livrer une marchandise si peu conventionnelle et par ailleurs très exigeante.

D'après ce qu'a pu me raconter monsieur Dumontais il y eu pourtant, dans le vieux Paris (et ailleurs), un honnête homme plein de malice qui a osé. Ses admirateurs, nombreux et enthousiastes, soutiennent qu’il est encore plus fou que l’original. Charles Girard, accompagné de sa famille faisant orchestre, sous le nom de «Girouette», livre un spectacle haut en couleur, en gardant bien vivant tout le patrimoine légué par Boby Lapointe. À l’occasion, il n’hésite pas à diversifier, en offrant avec autant de talent et de créativité les grands classiques de Bourvil et de Fernandel. En attendant que ses loisirs lui permettent de nous offrir son très attendu premier disque, je vous le recommande très chaleureusement et, vous qui vivez à l’heure de l’internet, je vous invite à le repérer sur la toile pour connaître son calendrier de spectacles.

Au plaisir, Marie-Claire,

Je vous embrassens.