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écrit à

   


Georges Brassens

   


Misogynie et 95%
 

   

Bonjour cher Brassens,

Je vous sollicite une seconde fois car je suis fan de vos chansons Misogynie mise à part et Quatre-vingt-quinze pour cent. J'ai récemment trouvé une vidéo de Misogynie mise à part et j'ai pu remarquer que vous ne pouvez vous empêcher de rire à chaque fois que vous la chantez devant un public.

Comment vous vient l'inspiration pour écrire ces chansons terriblement amusantes et réalistes sur les femmes? Pensez-vous en les écrivant au moment où vous allez devoir les chanter devant un public? N'avez-vous pas une certaine appréhension?

Je suis vraiment très admirative de votre immense talent et je vous remercie de prendre à chaque fois le temps de me répondre avec précision.

Encore une dernière chose, j'ai pu remarquer que vous maîtrisiez parfaitement la langue française, quelles études avez-vous faites? N'auriez-vous pas aimé être écrivain ou professeur de lettres? Bien que la chanson vous aille à ravir!

Je vous prie d'agréer, cher «Tonton Brassens» , l'expression de mes sentiments les plus distingués.

Mélanie


Bonjour Mélanie.

On m’a accolé de nombreuses étiquettes, attribuées de multiples épithètes. Je m’étonne et regrette que l’on semble me refuser le titre d’humoriste. Plus de la moitié de mes chansonnettes sont nettement conçues sur un mode humoristique et rares sont celles, même sur les thèmes les plus graves, qui ne comportent pas quelques sourires au coin d’un vers. Je veux croire que c’est parce que l’esprit qui émaille mes textes, et parfois même mes musiques, est plus sagace, plus subtil, un humour de contrebande en quelque sorte. Ou peut-être veut-on considérer que mes chansons valent d’abord et davantage pour d’autres dimensions. Pourtant, «Georges Brassens, homme de lettre et humoriste», j’aurais bien aimé. Aussi je suis très heureux que les nouvelles générations, découvrant mes chansonnettes, en apprécient la dimension ironique, les cabrioles verbales que, bien sûr, mes vieux fidèles ont perdu de vue après si longtemps d’écoute, de ré-écoute.

Et tout ça en effet me rappelle l’époque où, découvrant ma nouvelle cuvée annuelle, le public, bien sûr à ma grande satisfaction, rigolait à foison à chaque calembredaine, chaque facétie, m’obligeant souvent à m’arrêter, provoquant ma propre jubilation et souvent un fou rire tel que j’avais peine à reprendre.

Chaque chanson n’a pas nécessairement une histoire et les sources de l’inspiration sont parfois obscures, impossibles à déceler. «95%» fait exception et je vous renvoie à la toute première lettre de ce dossier de correspondance pour en connaître l’historique. De façon générale, je crois que la seule véritable source d’inspiration chez tous les artistes, c’est l’observation. Pour devenir un bon dessinateur, un bon photographe d’art, une observation perspicace est fondamentale. En littérature, de La Fontaine à Hugo, en passant par La Bruyère ou Molière, tout aussi importante que le génie, l’observation attentive. C’est la leçon que j’ai retenue de mes lectures de jeunesse et que j’ai voulu m’approprier comme instrument de travail pour à mon tour construire mes petites saynètes, pour vous présenter mes chers personnages, puis évidemment toutes ces femmes d’exception dont je vous ai entretenu. D’autant qu’un intérêt marqué pour l’observation de ce qu’il est convenu d’appeler la comédie humaine s’avère tout à fait conforme à ma nature.

Et là se trouve également la réponse à votre dernière question. Pour avoir voulu offrir aux filles des fleurs (voir «Les quatre bacheliers»), je n’ai même pas obtenu mon bac. Mon «érudition» littéraire et mon amour de la langue me viennent donc principalement de mes lectures, passion tout de même déclenchée par un prof remarquable du collège de Sète. Mais je dois dire que j’ai lu beaucoup, énormément, et d’une lecture très analytique.

Enfin, la musique a pour moi une importance trop fondamentale pour que j’aie pu envisager d’être uniquement écrivain. Je crois même qu’à choisir, j’aurais préféré ne faire que de la musique plutôt que de me consacrer exclusivement à l’écriture. Vous avez parfaitement raison, Mélanie, la chanson me va très bien. Par ailleurs, professeur, ça vient avec des horaires, des contraintes, des compromis et des supérieurs qui ne le sont pas toujours. Alors là, tout ça ne me convient pas du tout. D’autant que, même si dans mes gaudrioles j’ai toujours tenté de proposer des avenues de réflexion, je n’ai rien du donneur de leçon.

Vraiment Mélanie, vous avez vu juste, la chanson ça me va à ravir, et puis ça… m’enchante.

Brassens, barde et humoriste