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Misanthropie |
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Quelles sont les limites de la misanthropie? Bonjour Jacqueline, Sans être tout à fait un imbécile fini,
je n’ai rien du penseur, du phénix, du philosophe. Et si vous
attendez de moi que je vous livre une réflexion profonde sur la
misanthropie, ses tenants et ses aboutissants, je crains fort que vous
ne soyez déçue. Enfin, je veux espérer que si vous me posez la
question, ce n’est pas du tout parce que vous partagez les perceptions
superficielles de ces jobards qui ont cru déceler chez moi des
relents d’insociabilité viscérale. J’ai toujours compris à quoi tenait cette
réputation non méritée. Tous les artistes se font
un devoir et un plaisir d’assurer le service après-vente, pour
promouvoir leur disque, leur spectacle, leur film. Pour ma part, j’ai
toujours jugé que ce n’était pas nécessaire. Mais
surtout, par tempérament, je ne suis pas à l’aise dans
toutes ces manifestations mondaines. Je n’aime pas me coucher tard. De
plus, des contraintes de santé m’obligent à être
très sélectif quant à ce que j’ingurgite. Mais je
ne suis pas pour autant l’ours que l’on voudrait croire. Mais surtout, je crains que certains de mes couplets
jugés subversifs ne m’aient acquis une réputation
d’antisocial. La réalité est tout autre. Où est la
misanthropie dans la Chanson pour l’auvergnat, Les copains d’abord, Au
bois de mon cœur? Ceux qui me connaissent considèrent que toute
ma production est imprégnée d’humanisme, du respect et de
l’amour de l’autre. Et c’est précisément parce que j’aime
le brave type qui s’applique à ne pas trop emmerder son voisin,
que je vilipende les crétins sectaires, les méchants
toquards, les imbéciles heureux. De la même façon, on a voulu faire de moi un
ermite, un sauvage, un reclus. Rassurez-vous, j’aime bien la solitude,
mais seulement quand je suis seul! La présence des autres m’est
indispensable. Mais on peut concevoir qu’il soit difficile de peaufiner
un vers pendant un repas entre amis, de rechercher une musique au
milieu du tumulte et de la fébrilité d’une soirée
bien arrosée. Il faut bien que je bosse un peu. On a dit que la
solitude était l’aphrodisiaque de l’esprit, de la
créativité. Et je crois bien que la volonté de
régulièrement regrouper autour de moi des amis de tous
poils est précisément la transcription d’un humanisme
fondamental: c’est la tentative de construire à mon
échelle une société fraternelle, empathique,
solidaire, faute de pouvoir réformer l’univers. Je crois
même que mon attachement pour les bêtes relève de ce
même amour, de ce même respect pour tout ce qui vit. Un humaniste tendance libertaire, Brassens |
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