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Georges Brassens

     
   

Mireille dite «Petit Verglas»

    Bonjour,

Je voudrais savoir qui était «Mireille» dite «Petit Verglas» et qui elle était pour vous?

Pourquoi l'avez-vous surnommée ainsi?


Nicolas, bonjour.

Vous savez peut-être que ce texte n'est pas de moi: son auteur est le grand poète Paul Fort. Aussi je dois vous avouer que je n'en sais pas davantage sur cette mystérieuse Mireille que ce que ces vers nous révèlent. Mais en découvrant l'infinie tendresse qui habite ce poème, on peut être assuré que le personnage est véridique, qu'une pudique affection liait l'auteur à cette jeune personne.

J'aurais plus aisément pu vous parler de Germaine Torangelle, qui était l'épouse de Paul Fort, femme remarquable et attachante (elle ne manquait jamais de me faire parvenir des fleurs le jour de mon anniversaire!).

À l'occasion du centenaire de sa naissance, la société Philips a souhaité rendre hommage à celui que l'on surnommait le prince des poètes. Un disque 33 tours fut produit qui présente sur une face sept de ses poèmes dits par lui-même et sur l'autre les quatre chansons que j'avais déjà livrées sur des textes de Paul Fort et qui avaient fait l'objet d'un 45 tours en 1961. Pour compléter ce disque, préfacé par Louis Nucera,  je récite trois autres poésies de l'auteur des Balades françaises.

Le petit cheval, poème que son auteur avait d'abord intitulé Complainte du petit cheval blanc, est le premier texte de Fort que j'ai enregistré (même si j'avais antérieurement fait une musique pour La marine) et assurément le plus diffusé. En 1951, alors que je n'étais nullement connu, Catherine Grello,  fille de mon ami Jacques (à qui je dois par ailleurs ma première guitare!) arrivait difficilement à mémoriser ce texte, dans le cadre d'un travail scolaire. Pour lui faciliter la tache, je m'empressai d'y accoler une musique et lui livrai, en grande primeur et en exclusivité, la chansonnette nouvellement élaborée. J'étais loin de me douter que cet instrument d'apprentissage allait servir à des milliers d'écoliers, pendant des décennies,  puisqu'elle se retrouve maintenant dans divers manuels scolaires. C'est par ailleurs, de toutes mes chansons, la préférée des chorales d'écoliers.

Beaucoup moins connue, une autre chanson, Il faut nous aimer vivants, est également le fruit d'une complicité à posteriori entre Paul Fort, moi-même et mon ami Éric Zimmermann, qui en a fait la musique et l'a enregistrée. À partir d'un court poème de trois vers de Paul Fort, j'ai développé un texte de quatre couplets, retenant deux des vers initiaux qui constituent le refrain. Cette chanson étant injustement méconnue, je vous livre plus bas ces deux textes.

Si j'avais été uniquement compositeur de musique de chansons, Paul Fort aurait été mon parolier de prédilection, lui qui a façonné ces phrases impérissables: «Si tous les gars du monde voulaient se donner la main… » et «Le bonheur est dans le pré, cours-y vite, cours-y vite!»

Au plaisir.

Brassens

IL FAUT NOUS AIMER

Il faut nous aimer sur terre. Il faut nous aimer vivants.
Ne crois pas au cimetière. Il faut nous aimer avant.
Ma poussière et ta poussière deviendront le gré des vents.

IL FAUT NOUS AIMER VIVANTS

Sans curé, maire, notaire
Ou avec, ça se défend,
Il faut nous aimer sur terre,
Il faut nous aimer vivants.

Ne crois pas au cimetière,
Il faut nous aimer avant.

À moins d’être au monastère
Et toi ma belle au couvent,
Il faut nous aimer sur terre,
Il faut nous aimer vivants.

Ne crois pas au cimetière,
Il faut nous aimer avant.

N’embarquons pas pour Cythère
Morts et froids les pieds devant.
Il faut nous aimer sur terre,
Il faut nous aimer vivants.

Ne crois pas au cimetière,
Il faut nous aimer avant.

Quand même un Dieu salutaire
Renouerait nos cœurs fervents,
Il faut nous aimer sur terre,
Il faut nous aimer vivants.

Ne crois pas au cimetière,
Il faut nous aimer avant.

G.B.