Les trompettes sonnent bien
       
       
         
         

Michel Letarte

      M. Brassens,

Souvent, mes deux jeunes garçons s'amusent à modifier les mots de chansons populaires pour les rendre un plus piquantes.

Quel plaisir pour moi de leur faire découvrir des chansons comme «Les trompettes de renommée», dans lesquelles il n'est pas nécessaire de changer quelque mot que ce soit pour qu'elles leur fassent frétiller les oreilles.

 

       

 

       

Georges Brassens

      Cher monsieur Letarte,

On m'a accolé de nombreux épithètes mais on semble obstinément me refuser celui d'humoriste, que j'aimerais pourtant bien voir en bonne place dans la courte liste de mes titres de gloire.

Si l'on passe en revue la totalité de ma production, du conte poétique à la chanson de salle de garde, on peut établir que près de la moitié de mes chansons sont résolument conçues sur un mode humoristique. Pour les autres, même traitant des thèmes les plus graves, il est bien rare que je n'aie pas glissé un clin d'oeil verbal, un sourire au coin d'un vers. Il y a une minorité de mes textes qui maintiennent une gravité intégrale. La construction même de mes poèmes, des vers, comporte souvent un côté que j'ai voulu amusant: renvois audacieux, répétitions mécaniques, effets divers.

Forcément cette dimension a trouvé son écho dans des musiques, principalement, il va de soi, pour celles qui soutiennent les textes les plus enjoués. Il s'en faudrait de peu, en les confiant à quelque fanfare municipale, pour que plusieurs de ces mélodies livrent pleinement tout leur potentiel comique.

Les enfants ne s'y trompent pas et même si, selon leur âge, divers éléments leur échappent (et, espérons-le, pas uniquement au niveau de l'humour), il reste que plusieurs de mes chansons, paroles et musiques formant un tout, les accrochent, semblent les séduire. Même si jamais je n'ai fait de chanson fantaisiste au sens où on l'entend généralement et sans que jamais non plus je n'aie eu l'idée d'ajouter, dans mes interprétations ou mes récitals, le moindre artifice, le moindre accessoire pour accentuer l'aspect comique.

Si c'est cet esprit gilleret de mes chansons qui permet, comme je l'ai souvent constaté, un rapprochement des générations, une complicité parents/enfants (pourquoi le plus souvent père/fils ou grand-père/petit-fils?) j'en suis très heureux.

C'est une voie précieuse par laquelle la chanson fait partie intégrante du quotidien, de la vie. Je vous incite respectueusement, M. Letarte, à utiliser l'une ou l'autre de mes chansons pour maintenir communication et complicité avec vos fils. Vous découvrirez, si ce n'est pas déjà fait, que des pistes de réflexion y sont tracées sur tous les grands thèmes de la vie et que, modestement, mes fabulettes peuvent aider à vivre.

Tonton Georges