Capitaine Haddock
écrit à

   


Georges Brassens

   


Les cons, ils croient que t'es mort!
 

    Salut Georges,

Non ça n’est pas un canular
Ni un article de faux canard
Ils nous racontent que tu es mort
Comme un hareng saur
Dans un bocal et bien salé
Datant pas d’la dernière marée
T’aurais r’çu comme un coup du sort
Et de ce coup tu serais mort
Coup tu serais mort

Tout ça c’est des blagues de nanars
Des ragots boiteux de bâtards
Qui jaloux que tu bandes encore
Et qu’les filles t’attendent dans les ports
Quand elles t’en parlent sur l’oreiller
C’est sûr que tu dois bien t’marrer
Mais mille milliards de mille sabords
On leur apprend la vie à bord
Prend la vie à bord

Hardi matelot!

Capitaine Haddock

Bonjour Didier.

Je vous remercie pour ce petit poème guilleret. Cela me fait d’autant plus plaisir que maintenant j’ai tout le temps de lire et de relire les textes que l’on me soumet. Et plus plaisir encore lorsque l’on ne sollicite pas mes commentaires sur l’œuvre concernée.

Il fut un temps où j’étais inondé d’écrits de tous genres, hommages, textes de chansons ou autres. Bien sûr la qualité de cette littérature fluctuait énormément, s'étendant du pire au meilleur, mais malheureusement avec beaucoup plus de pire que de meilleur. Le plus souvent, on sollicitait mon avis sur «l'excellence» de ces créations. «Comment avez-vous adoré mon chef-d’œuvre?» Voyez dans quel dilemme je me trouvais acculé. Si j’ose le moindre commentaire critique sur l’œuvre que son auteur juge personnellement géniale, il me considérera désormais comme un con fini, prétentieux, voire jaloux et craignant sa menaçante concurrence. Lorsque, magnanime, j’ai la maladresse, pour encourager cet ambitieux débutant, de lui transmettre une appréciation positive, le drôle s’empresse de soumettre mon indulgent commentaire à un éditeur qui s'interrogera alors sur la solidité de mon jugement.

Je pourrais emplir plusieurs classeurs avec les poèmes que l’on m’a soumis en me demandant de bien vouloir y marier une de mes fringantes musiquettes. Souvent mon correspondant m’avouait alors que sa plus grande ambition était de me voir enregistrer cette chanson dont les crédits associeraient mon nom et le sien. Mais pire encore, il m’est arrivé à plusieurs reprises, comme à tous les auteurs-compositeurs d’ailleurs, de recevoir une chanson, bien sûr dans le plus pur style Brassens, accompagnée d’une note me précisant que son auteur m’autorisait à m’attribuer la paternité de cette œuvre, paroles, musique ou les deux, de m’en réserver tout le crédit, et de l’inscrire à mon répertoire comme étant une chanson de Brassens. Étonnant non?

Si bien qu’après bien peu de temps, j’ai demandé à mon ami et secrétaire Gibraltar, de ne plus me transmettre cette correspondance, ou mieux, de ne même plus ouvrir tout courrier «suspect».

Mais vous le savez, Didier, lorsque l’on a la passion des mots, on a des amis plein les dictionnaires. Un poème, c’est une main tendue, un cœur ouvert, un sourire offert.

Au plaisir,

Brassens.