Léo, Jacques et vous
       
       
         
         

Pierre-Yves

      Salut Georges,

J'ai acheté récemment ton affiche avec Léo et Jaques, vous avez l'air bien tous les trois. Comment c'était ce moment? J'aime bien ce que tu fais, et tes idées.

Au revoir ma poule, repose-toi bien,

P-Yves
         
         

Georges Brassens

      Bonjour Pierre-Yves,

Tous se sont étonnés qu'un étudiant en journalisme, pigiste à la revue Rock & Folk, réussisse le coup de maître de nous réunir tous les trois. Mais, avant François-Pierre Cristiani, jamais personne d'autre ne nous l'avait proposé et aucun de nous n'a hésité lorsqu'il nous en a fait la demande.

L'idée nous a donc enthousiasmés, et ce, même si l'invitation arrivait à un moment difficile pour nous trois. Brel était à mi-chemin de 150 représentations de son très exigeant Don Quichotte, à la suite de quoi il ne remonterait plus jamais sur scène. Ferré n'était pas remis d'événements dramatiques survenus dans sa vie privée l'année précédente: la séparation d'avec sa femme Madeleine et «l'assassinat» de deux de ses chimpanzés, dont sa célèbre Pépée. Ajouté à l'exaltation qu'avaient provoqué chez lui les événements de mai 68 et leurs répercussions.

Pour ma part, je sortais tout juste d'une pénible convalescence de deux ans suite à une deuxième opération pour cause de calculs biliaires, et j'en étais à préparer ma rentrée à Bobino pour octobre.

Brel et moi étions très proches, ayant même été voisins de palier pendant les trois années précédentes. Mais nous avions très peu de contacts avec Léo, si ce n'est aux premières de l'un ou l'autre. De cette rencontre, tenue dans le trois pièces des beaux-parents du journaliste pour déjouer les «paparasites», je garde le souvenir d'un climat chaleureux et très décontracté, d'échanges peut-être un peu superficiels. Il faut bien admettre qu'aucun de nous trois n'a énoncé ce soir-là de paradigmes impérissables. Aussi, j'ai regretté qu'il n'y ait pas eu de rappel de ce sommet à trois, loin des micros et des journalistes. Je reste persuadé que nos échanges auraient alors été plus denses, plus fondamentaux.

Dans les jours qui ont suivi, nous nous sommes tout de même retrouvés autour d'un déjeuner pour développer une idée que Ferré avait spontanément proposée pendant l'interview: un gala où tous les trois nous livrerions nos chansons, entremêlées, chacun une chanson à tour de rôle, pendant deux heures. Mais cette rencontre en fut surtout une de stratégie et au cours de ce repas, des détails du projets furent fixés: une cause: le soutien aux journalistes de l'ORTF licenciés, une salle: le Palais des sports à Paris. Ferré suggéra même qu'en finale à ce gala, l'on chante tous les trois, a capella, «Le temps des cerises».

Malheureusement, à cause d'insurmontables problèmes de calendrier, d'empêchements divers, puis de fatigue ou de maladie, cet événement vraisemblablement mémorable, historique, n'a jamais eu lieu.

Par ailleurs, si de temps en temps une dame d'antan, chez les gentils de l'au-delà, ne serait pas hostile à se laisser embrasser, moi, le fidèle absolu, j'ai sagement attendu que mon éternelle fiancée, la seule dame de mes pensées, vienne enfin me rejoindre. Et il y bientôt 15 ans que Püppchen est à nouveau auprès de moi et que nous parcourons ensemble le jardin, effeuillant la marguerite de l'éternel été de la Saint-Martin.

Brassens
Du trio B.F.B, mort-né