Le groupe NTM interdit
       
       
         
         

Maurice Favreliere

      Comment expliquer un pareil foutoir, quand vous avez dit et chanté mille fois plus de vacheries sans subit d'interdiction?

Respectueusement admiratif.
         
         

Georges Brassens

      Cher collègue,

Mes chers inconditionnels vont encore vociférer au sacrilège. N'étant assurément pas d'accord avec divers éléments de vos prestations, ils vont être indignés que vous osiez un parallèle. Mes nombreux appels à la tolérance ne portent qu'à demi, même chez mes fidèles admirateurs.

Je suis d'abord heureux que vous, qui êtes d'une toute autre génération et d'un tout autre univers, vous vous référiez à mon travail et que je puisse soulever votre «admiration respectueuse». Mais tout de suite vous rassurer: j'ai été largement consuré en mon temps et il en reste toujours quelque chose.

Mais, soyons honnêtes: l'ostracisme, vous l'avez un peu recherché, ne serait-ce que par le nom que vous avez choisi pour votre groupe: «Nique ta mère». (Tiens, je constate que malgré la liberté que permet l'Internet, vous vous êtes censurés vous-mêmes en n'osant pas afficher votre nom en toutes lettres. Et je pense tout-à-coup que pour la première fois je peux moi-même écrire «Putain de toi».)

Donc, toutes nuances respectées, il y a là un parallèle possible. En écrivant «Fernande» ou «S'faire enculer», il est évident qu'en plus de faire rigoler les copains, je voulais vérifier à quelle hauteur se situerait la censure.

Pour ce qui est des flics, par contre, tout est dans la nuauce et évidemment fonction du contexte social et culturel. Dans ma jeunesse, le cri de «mort aux vaches» n'était pas un appel au lynchage et si j'ai pu chanter que «je les adore sous la forme de macchabe's», jamais personne n'y a vu une aspiration macabre.

Enfin dans la forme, que les puristes me le pardonnent, je vois une affinité de pensée: j'ai voulu pour mes chansons des musiques et surtout des accompagnements très discrets pour que ce soit toujours le texte qui prime. Avec le rap, vous avez poussé cette orientation à un degré extrême, et il faut bien admettre que l'intention derrière le dénuement musical est la volonté d'affirmer la primauté de la parole, de ce que vous avez choisi de dire. On aime ou on n'aime pas, on n'est pas forcément d'accord avec ce qui est dit, mais, sur ce plan, on est bien forcé d'admettre que ça fonctionne.

Bonne chance.

Un libertaire de longue date,

G. Brassens