La «Pointe courte»
       
       
         
         

Bernard

      Dis-moi Georges, préférais-tu la "Pointe courte" au port de Sète? Comment as-tu pu être aussi génial pour comprendre si tôt et si vite que les femmes c'est toujours bien jusqu'au moment où elles te proposent de "partager " LEUR vie?

Bernard, de Panama

 

       

 

       

Georges Brassens

      Bernard, bonjour.

Et le port de Sète et la Pointe Courte, parmi divers autres lieux, sont effectivement intimement liés aux souvenirs des interminables vadrouilles de ma jeunesse. Même si à l'époque le port n'était pas du tout perçu comme un lieu de loisir. Encore moins une destination touristique. Le Vieux Port, le Canal de Sète et le Quai de la Marine, havre des bateaux de pêcheurs, étaient davantage le carrefour de la vie sociale de la jeunesse insouciante de l'entre deux guerres, le creuset de tous les émois des premiers âges de la vie, de ma vie.

Par ailleurs, je ne voudrais pas que vous ajoutiez à l'injuste réputation de misogyne dont, au village sans prétention, on m'a parfois affublé. Un ami me rappelait récemment que j'aurais jadis déclaré, dans une interview radio: «Une femme, c'est comme un cadeau qui vous aurait choisi». Je maintiens ce témoignage d'appréciation, en vous faisant remarquer qu'un très grand nombre de mes chansons constituent des hommages à la femme, aux femmes qui ont jalonné ma route. Pour ce qui est du mariage, c'est une autre paire de manches et il en va de cette option comme de tout autre choix de vie: parmi toutes les avenues possibles, chacun doit retenir la formule qui lui convient.

La chanson est vite devenue pour moi une maîtresse très accaparante, qui aurait bien voulu revendiquer l'exclusivité absolue. Par ailleurs, Püppchen, la compagne de ma vie, avait, n'en doutez pas, un caractère empreint de vigueur. (Je n'ai jamais aimé les nouilles.) Aussi la formule qui consista à habiter chacun chez soi, serait-ce dans la même rue, et à s'inviter quotidiennement ou presque, s'est vite imposée. J'ai bien aimé qu'en éternelle fiancée, à la dame de mes pensées, toujours je pense. J'ai bien aimé, après quarante ans de complicité, que l'on se fixe encore des rendez-vous amoureux.

Mais, encore une fois, il importe que chacun fasse comme il lui sied et je vous signale que dans plusieurs de mes chansons, j'ai glorifié, pour celles et ceux à qui la chose convient, les liens du mariage. Bien sûr, j'en conviens, ces liens sont parfois lourds, puisqu'il faut être deux et souvent trois pour les porter.

G. Brassens