La guerre
       
       
         
         

Julie Masse

      Bonjour!

Dis-moi: aurais-tu par la suite aimé faire une chanson sur la guerre?

 

       
         

Georges Brassens

      Julie, bonjour,

Les diverses chansons que j'ai faites pour dénoncer la guerre, près d'une dizaine, sont assurément, de toute ma production, parmi celles qui ont été le plus marquantes.

Plusieurs considèrent que non seulement ces pamphlets sont mes textes les plus importants mais aussi que ces chansons sont parmi mes plus achevées. On constate souvent que pour tout artiste, la qualité d'une oeuvre est proportionnelle à la motivation qui l'alimente. De plus, sachant très bien que le sujet était périlleux, je dois admettre que ce sont des produits que j'ai particulièrement peaufinés.

Par contre et surtout, ces quelques épigrammes m'ont valu des torrents de protestations, des avalanches de courriers réprobateurs, injurieux, voire menaçants.

Mais, en marge de ces manifestations s'opposant (?), je me suis toujours réjoui de constater qu'à notre époque une chanson pouvait encore faire prendre conscience, informer, soulever des passions. Ils sont nombreux ceux qui m'ont déclaré avoir découvert, dans leur jeunesse, à travers une chanson, que l'on pouvait être critique face à l'autorité, la justice, l'église, le militaire. Et ce rôle social capital concédé à l'artiste de variété m'a souvent conforté.

On peut se demander où en serait le monde si ce n'était du cri des pacifistes, des antimilitaristes, des objecteurs de conscience qui, malgré leur acharnement, ont grand peine à se faire entendre au-delà des chants militaires.

Aussi, dans ma retraite prématurée, si j'avais choisi de n'écrire qu'une seule nouvelle et derrière chanson, j'aurais possiblement repris le flambeau de la non violence et tenté une fois de plus d'être le porte parole de tous ceux qui croient qu'il est dommage que l'on meure pour des idées n'ayant plus court le lendemain, qu'au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi, mieux vaut attendre qu'on le change en ami et surtout qu'il est intolérable que des enfants souffrent et meurent pour que la caisse électorale puisse toucher sa part des profits des marchands de canons.

Brassens