La farce commence à être longue...
       
       
         
         

Fabrice Morlon

      Cher Georges,

Pardonnez-moi si ce soir je vous tutoie, mais tu fais un peu partie de ma famille en quelque sorte... Je t'ai rencontré à 15 ans, lorsqu'un ami m'a prêté les cassettes de ses parents, avec l'intégrale de tes chansons. Je suis dès lors tombé amoureux de la musique de tes mots. Je t'ai écouté sans relâche en poussant le vice jusqu'à comparer tes textes à ceux de Villon pour mon mémoire de maîtrise! C'était trop tentant de se faire retrouver les deux «moyenâgeux».

J'ai aussi appris la guitare avec tes chansons et, crois-moi, tu m'en as fait baver!

Mais, n'aies crainte, je ne suis pas un fanatique. Tu m'as appris beaucoup de choses. «Maître Georges» comme Maître Villon, on a toujours besoin d'un maître à penser, de quelqu'un qui donne un peu de lumière. Et puis, c'est au contact des autres que l'on s'enrichit.

J'ai mis du temps à me décider à t'écrire, tu as sûrement beaucoup de choses à faire... Les copains, là-haut, c'est pas ça qui manque, le vin et les femmes non plus, du moins je l'espère!

Je voulais juste te dire merci. Merci pour ce que tu as fait pour moi, sans le savoir. Merci pour ces moments où, lorsque je vais mal, j'écoute une de tes chansons et ça va tout de suite mieux. Merci pour tout cet imaginaire que tu as porté en moi. Merci de m'avoir fait, par ton intermédiaire, rencontrer «les copains»: Gibraltar, Tillieu...

Pour finir, j'aurais juste une question à te poser, si ça ne te dérange pas: quand t'exhumeras-tu du caveau? La farce commence à être longue....

Fabrice

 

       

 

       

Georges Brassens

      Fabrice, Bonjour.

On accepterait volontiers qu'une chanson soit d'abord un divertissement, plus faite pour danser que pour penser. Aussi, je suis toujours émerveillé de constater que pour certains, pour plusieurs, les chansons, dont les miennes, ont été un instrument d'enrichissement.

Si la locution «maître à penser» a toujours pour effet de me donner des frissons dans le dos, par contre, je suis ému à chaque fois que l'on mentionne que mes chansons «aident à vivre». Ne serait-ce que pour contrarier ce branque de Malraux qui, ministre de la culture, avait déclaré que, pour lui, la chanson était un art mineur. Encore heureux qu'il ait reconnu que ce soit un art, et si le but premier, l'objectif de toute démarche artistique est d'émouvoir, d'atteindre les sensibilités, on peut retenir que la chanson est la forme d'art la plus universelle, la plus généralisée. Ainsi donc, je suis très heureux de votre témoignage d'appréciation qui, avec d'autres, vient me confirmer que j'ai eu raison de soigner mon travail.

Par ailleurs, je veux vous signaler que, même si j'ai l'air de faire le mort depuis un long moment, je demeure très vivant, très présent dans le quotidien de très nombreux compagnons de route. Ainsi, en ce début de mois de mai 2004, je peux vous assurer que tous ont bien senti que j'étais parmi eux, à Vaison-la-Romaine, alors que des milliers de fervents de chansons, plusieurs venus de très loin, se sont retrouvés pour la 8e édition du Festival Brassens. (Comme quoi, quand on est plus de quatre, on n'est pas nécessairement une bande de cons!).

Pendant huit jours, plus de 30 interprètes, professionnels et semi professionnels, se sont relayés pour confirmer que je ne suis pas oublié malgré ma retraite. En plus des versions originales, on a pu y entendre plusieurs de mes chansons en italien, en allemand, en suédois, en créole et en provençal.

Fin mai, ce sera la 2e édition du Festival génération Brassens, à Crespières, dans les Yvelines et en juillet, nouvelle édition du plus ancien Festival Brassens, à Chirens dans l'Isère. L'association «Le Blason», vouée à la promotion de la belle chanson, projette un premier festival Brassens pour juin 2005, à Fontenay-sous-Bois, en Ile-de-France. Enfin, j'entends que l'on prépare quelques surprises pour l'automne du côté de Toulouse et de Perpignan.

Soyez assurés qu'à chaque fois, ému et fébrile, j'y serai présent, affectueusement.

Un éternel estivant,
Georges Brassens