Écrire des chansons
       
       
         
         

Pierrick

      Pourquoi as-tu décidé d'écrire des chansons?
         
         

Georges Brassens

      Bonjour,

Mon père était entrepreneur en maçonnerie. Très jeune, durant les vacances d'été, je faisais l'apprenti et, étant plutôt costaud et assez habile de mes mains, j'aurais dû normalement reprendre éventuellement l'entreprise familiale. Mais j'ai vite réalisé que mon seul plaisir dans le travail était de grimper dans les échafaudages pour regarder au loin.

Puis divers événements et l'arrivée de la guerre ont fait en sorte qu'il n'était même plus nécessaire que je choisisse un métier. Et j'ai dû travailler en usine. Tout ça m'a convaincu que jamais je ne pourrais me résigner à prendre un emploi, avec horaires, patrons, contraintes et compromis.

Par contre, de tous temps, j'étais habité par une passion pour la musique, la chanson, la poésie. Pris d'admiration pour les grands poètes, j'ai d'abord pensé que je pourrais gagner ma vie en publiant des recueils de poèmes. Même si je n'avais pas de grandes ambitions matérielles, j'ai vite compris que c'était illusoire et que je n'avais pas le génie qui me permettrait de me distinguer à ce titre. Comme parallèlement j'aimais profondément la musique et que depuis toujours j'avais régulièrement tenté d'écrire des chansons, qu'il me semblait qu'elles étaient de plus en plus valables, j'ai pensé que c'était peut-être là ma destinée. (Mais je ne crois pas que c'est en pensant à moi que Cocteau a dit: «La chanson nous débarrasse de ceux qui pourraient se croire poètes»).

J'ai donc envisagé de faire des chansons, que quelques interprètes de l'heure voudraient bien intégrer à leur répertoire. Mais on m'a vite fait comprendre que la plupart de mes gaudrioles ne convenaient qu'à moi et que je devais me convaincre de les livrer moi-même. Pourquoi j'ai décidé d'écrire des chansons? Je pourrais dire que c'est parce que c'est la seule chose que je savais faire, mais coup de chance, je crois bien que c'est surtout la seule chose qui me rendait heureux.


Tonton Georges,
Maçon des mots