Deuxième guitare
       
       
         
         

Sofiane

      Bonjour M. Brassens!

J'espère que vous allez bien là où vous êtes. Avant de poser mes questions, je voudrais tellement vous exprimer toute mon admiration mais ayant réalisé qu'à ma connaissance, les mots qu'il faudrait n'existent pas, je me contenterai de vous dire que je connais pratiquement toutes vos chansons par coeur à force de les écouter! Voilà, dans un petit livret accompagnant un de vos CD, on trouve les noms de ceux qui ont tenu la 2e guitare comme par exemple Barthélémy Rosso pour «Les copains d'abord», Joël Favreau pour «Mourir pour des idées». Mais rien dans des chansons comme «Chanson pour l'Auvergnat», «Je me suis fait tout petit», etc. alors qu'on entend bien une 2e guitare. Est-ce à dire que c'était vous qui aviez joué les solos? J'aimerais aussi savoir qui a joué aussi dans «Pénélope» et surtout «L'orage».

Merci pour tout ce que vous avez fait. Merci pour tout ce que vous continuez à faire malgré votre absence (à laquelle je ne crois pas d'ailleurs!)

À très bientôt.

Sofiane

 

       

 

       

Georges Brassens

      Sofiane, Bonjour

J'ai été ému et troublé par l'ampleur de la gratitude dont vous témoignez pour mes chansonnettes. Heureusement qu'au moment de bricoler mes pastourelles je n'avais pour objectif que d'offrir quelques instants d'agréable détente. Si j'avais soupçonné l'importance que plusieurs accorderaient à mes petites fables mises en musique, j'aurais pu en être traumatisé. Mais avec le recul je suis très heureux que mes chansons occupent une place dans la vie et dans le coeur de plusieurs.

Lorsqu'un journaliste m'a demandé pourquoi en scène je n'étais jamais accompagné d'une deuxième guitare alors que pour les enregistrements la 2e guitare est presque incontournable, j'ai réalisé et je lui ai répondu que je ne m'étais jamais posé la question. À mes débuts et après quelques succès j'ai pensé un temps, ne serait-ce que parce que c'était ce qui se faisait, que je devrais prévoir derrière moi une petite formation. Quatre ou cinq musiciens: une deuxième guitare, pour faire les trucs que je ne sais pas faire moi-même, une batterie et peut-être un accordéon léger, qui auraient convenu à certaines de mes chansons ou peut-être était-ce seulement parce que j'aime bien la musique. Et puis j'ai très vite renoncé: un orchestre aurait sans doute détourné l'attention du public, visuellement mais surtout face au texte.

Si le brave Nicolas m'a été d'une fidélité indéfectible à la contrebasse depuis le premier jour, ou plus exactement et véritablement le premier soir, chez Patachou, j'ai plusieurs fois changé de guitariste au fil de leurs disponibilités, parfois de leurs contrats d'engagement exclusifs avec d'autres sociétés. À l'époque, les producteurs n'étaient pas toujours d'une rigueur absolue dans la reconnaissance des crédits pour les oeuvres produites. C'est ainsi que des pressages originaux sont partout muets sur ce chapitre. Heureusement la société Philips a toujours tenu à jour et archivé des fiches techniques très complètes pour presque toutes ses productions, incluant dates, heures, temps de présence en studio et noms de tous les intervenants. Les bandes de prises deux et de chutes ont même été scrupuleusement conservées. Et comme dans le cas de mes chansons les rééditions n'étaient jamais des pré-enregistrements, mais des reprises des versions originelles, il est facile de s'y retrouver. Et les reparutions récentes répertorient fidèlement les participants à quelques exceptions près. On peut donc retrouver que Victor Apicella m'accompagnait pour «Je me suis fait tout petit», «Pénélope» et «L'orage», et Antoine Schessa pour «L'auvergnat».

Vous me demandez si je vais bien. De constater qu'un vaste public m'est encore fidèle, que de nouvelles générations découvrent et apprécient mes chansons, je ne pourrais souhaiter meilleurs catalyseurs à mon bonheur.

Au plaisir,

Brassens.