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Georges Brassens
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Monsieur Audebert, bonjour
L'inspiration! On l'a souvent répété, l'inspiration est
bien peu de chose si elle n'est renforcée par 95% de travail, de transpiration.
Puis l'inspiration, évidemment, est une boule de cristal aux multiples facettes
réfractant en faisceaux les images et les éclairages qu'elle reçoit.
Elle concerne les idées, les thèmes, mais aussi le style, la façon
de faire, puis les mots, les expressions et enfin la musique et la façon de
la rendre.
Pour le plus important, les idées, on semble parfois le perdre de vue, mais
les émotions que j'ai tenté de communiquer concernent le plus souvent
les thèmes les plus quotidiens, les plus simples : les gens bien, les gens
pas très bien, les jeunes et tendres amours, le type qui aime mieux rester
auprès de son arbre, celui qui n'aime pas tellement les flics, qui trouve
que la guerre, tout de même, c'est dommage. Puis, le temps qui passe, qui change
tout ou qui ne change rien. Et fatalement le type qui souhaite mourir le plus tard
possible.
Pour tout le reste, créer, pour un artiste, un peintre, un écrivain,
un musicien, c'est essentiellement régurgiter, mêlé à
son suc personnel, tout ce dont il s'est imprégné en observant, en
écoutant, en lisant. L'inspiration se ramifie en un déploiement de
racines et de radicules qui vont puiser de toutes parts les ingrédients qui
seront canalisés par l'artiste-tronc pour être redéployés
en nouvelles branches, tiges, fleurs feuilles et fruits.
Puis dans l'inspiration il y a aussi des trucs, des procédés, des recettes,
principalement au plan de l'écriture. Et tout ce temps je pense à un
aspect peut-être un peu marginal, mais que plusieurs considèrent comme
une dimension typique de mon travail: les «expressions détournées»,
locutions populaires ou phrases marquantes d'oeuvres littéraires, célèbres
ou méconnues, que je me suis amusé à accommoder à ma
guise. Plusieurs se sont évertués à répertorier ces expressions
piratées. Pour les locutions populaires, ça va assez bien, tout le
monde les a repérées. Quelques exemples:
Il n'y a pas de quoi fouetter un coeur
Prendre la clé des cieux
Ne plus savoir ou donner de la corne
Tourner sept fois sa crosse dans sa main
Il les voit venir avec ses gros drapeaux
Manger le plaisir sur le dos
La face cachée de la lune de miel
Une fesse qui dit merde à l'autre
Des contes à mourir debout
Prendre la mort comme elle vient
faire la tombe buissonnière
Tempête dans un bénitier
Avoir une fesse à claque
Mener par le bout du coeur
Ne pas voir plus loin que le bout de son lit
Et tant d'autres.
Mais pour ce qui est des évocations littéraires, ce n'est pas toujours
évident. Un observateur perspicace et sans conteste érudit, monsieur
Loïc Rochard, dans un ouvrage intitulé «Brassens, orfèvre
des mots» en a répertorié un inventaire qui m'a moi-même
étonné. Alors, inspiré (!) par votre question, j'ai pensé
vous soumettre ici quelques-unes de ces phrases littéraires qui m'ont suggéré
des détournements, parfois facétieux.
| L'original |
Mon pastiche |
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| Jean De La fontaine |
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Parbleu, dit le meunier est bien fou
du cerveau
Qui prétend contenter tout le monde et son père
(Le meunier, son fils et l'âne) |
Tout le monde et son père accourt
(A l'ombre du coeur de ma mie). |
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Le sage dit, selon les gens :
Vive le Roi! Vive la Ligue!
(La chauve-souris et les deux belettes) |
Tu pourras crier: Vive le roi!
Sans intrigue ...
Si l'envi' te prend de changer,
Tu pourras crier sans danger:
Viv'la Ligue!
(Oncle Archibald) |
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À ces mots on cria haro sur
le baudet
(Les animaux malades de la peste) |
Quand la canaille crie «haro
sur le baudet»!
(Don Juan) |
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| Victor Hugo |
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Dans une mer sans fond, par une nuit
sans lune,
(Oceano Nox) |
Et, par les nuits sans lune avec jubilation...
(L'andropause) |
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Ô ne riez jamais d'une femme
qui tombe
(Les chants du crépuscule) |
Ô, n'insultez jamais une verge
qui tombe
(L'andropause) |
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| Théophile Gautier |
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Émaux et camées
(Titres d'un recueil de poèmes) |
Tous les camé's, tous les émaux,
(Le père Noël et la petite fille) |
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| Théodore Agrippa d'Aubigné |
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Une rose d'automne est plus qu'une
autre exquise
(Les Tropiques IV) |
Qu'une femme adultère est plus
qu'une autre exquise
(À l'ombre des maris) |
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| Guillaume Apollinaire |
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Les onze mille verges
(Recueil de poèmes) |
Sache surtout qu'on
Peut être passée par
Onze mille verges,
Et demeurer vierge,
Paradoxe à part.
(Chansonnette à celle qui reste pucelle) |
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| Jules Barbey d'Aurevilly |
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... Et avec la fierté d'une
bassesse qui était sa
Vengeance, elle ajouta: «Je ne suis qu'une fille à cent sous.»
(La vengeance d'une femme) |
Un plus soûlaud que moi, contre
un' pièc' de cent sous,
M'avait vendu sa femme.
(La fille à cent sous) |
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| Charles Beaudelaire |
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Puisqu'en elle tout est dictame
Rien ne peut être préféré.
(Tout entière) |
Tout est bon chez elle, y'a rien à
jeter...
Et l'on doit tout entière
La prendre ou la laisser
(Rien à jeter) |
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| Molière |
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Voyons Monsieur,
Le temps ne fait rien à l'affaire!
(Le misanthrope) |
Le temps ne fait rien à l'affaire,
Quand on est con, on est con.
(Le temps ne fait rien à l'affaire) |
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| Alfred de Musset |
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Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière. |
Est-ce trop demander...! Sur mon petit
lopin.
Plantez, je vous en prie, une espèce de pin,
Pin parasol, de préférence,
(Supplique pour être enterré à la plage de Sète) |
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| Gérard de Nerval |
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Je suis le ténébreux,
le veuf, l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie
(El Desdichado - Les chimères) |
Le veuf toujours en deuil, le veuf
Inconsolable.
(Retouches à un roman d'amour de quatre sous) |
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| Blaise Pascal |
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| L'homme n'est qu'un roseau, le plus
faible de la nature, mais c'est un roseau pensant |
Sans ses proches voisins, les pires
gens qui soient,
Des roseaux mal pensant, pas même des bambous
(Le grand chêne) |
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| Paul Léautaud |
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Celui qui meurt pour une idée
est un imbécile
(Journal littéraire) |
Qu'aucune idé'sur terre est
digne d'un trépas
(Les deux oncles)
Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente,
(Mourir pour des idées) |
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| Stéphane Mallarmé |
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La lune s'attristait, des séraphins
en pleurs
Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs...
(Apparition)
Je suis hanté, l'azur, l'azur, l'azur
(L'azur) |
La lune s'attristait, on comprend sa
tristesse
(S'faire enculer)
Je suis hanté: le rut, le rut, le rut, le rut!
(Le bulletin de santé) |
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| Jacques Prévert |
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Le presbytère n'a toujours
rien perdu de son charme
ni le jardin de son éclat
(Arbres) |
Le presbytère sans le latin
A perdu de son charme
(Tempête dans un bénitier)
Mais ils feraient mieux de se taire
ceux qui disent que le presbytère
de son charme du vieux temps passé n'a rien perdu...
Que le jardin du curé garde tout son éclat
(Le progrès) |
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| Jean Racine |
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Point d'argent, point de Suisses!
(Les plaideurs) |
Chez l'épicier, pas d'argent,
pas d'épices,
Chez la belle Suzon, par d'argent, pas de cuisse...
(Grand-père) |
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| Mathurin Régnier |
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Perclus d'une jambe et des bras,
Tout de mon long entre deux draps,
Il ne me reste que ma langue
Pour vous faire cette harangue.
(Satire) |
Avant de chanter
Ma vi', de fair' des
Harangues,
Dans ma gueul' de bois
J'ai tourné sept fois
Ma langue...
(Le vin) |
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| Alexandre Duval |
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Oh! le bon tour! Je ne dirai rien,
mais cela fera du bruit dans Landerneau
(Les héritiers) |
Aux appels de cet étourneau,
Grand branle-bas dans Landerneau:
(A l'ombre du coeur de ma mie) |
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| William Shakespeare |
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Un cheval! Mon royaume pour un cheval!
(Henri III) |
De donner le trône et le reste
Contre un seul cheval camarguais
(Le modeste) |
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| Elsa Triolet |
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| Je ne pardonnerai jamais de devoir
ma guérison aux singes d'outre-Atlantique |
Et refusa l'secours de la thérapeutique,
Corne d'Aurochs
Parc'que c'était à un Allemand, ô gué! ô gué!
Qu'on devait le médicament, ô gué! ô gué!
(Corne d'Aurochs) |
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| Paul Valéry |
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| Il y a trois variétés
de femmes: les emmerdeuses, les emmerdantes, les emmerderesses,.... |
Emmerdante, emmerdeuse, emmerderesse
itou,
(Misogynie à part) |
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La mer, la mer, toujours recommencée!
(Le cimetière marin) |
Et c'est la mort, la mort toujours
recommencé'...
(Mourir pour des idées) |
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| Anatole France |
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Les dieux ont soif
(Titre d'un roman historique) |
Les dieux ont toujours soif, n'en ont
jamais assez
(Mourir pour des idées) |
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| Léon Frapié |
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Il est trop vilain, cet avorton: Il
faut que je l'embrasse!
(La maternelle) |
Cette fille est trop vilaine, il me
la faut
(Don Juan) |
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| Paul Verlaine |
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Jadis et naguère
(Recueil de poèmes) |
Ne vous étonnez pas, ma chère,
Si vous trouvez
Les vers de jadis et naguère
A mon chevet
(Le passéiste) |
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Est-elle en marbre ou non la Vénus
de Milo?
(Arts poétiques) |
L'obélisque est-il un monolithe,
oui ou non?
(Le pluriel) |
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Et tout le reste est littérature
(Jadis - Art poétique) |
Ses «fluctuat nec mergitur»
C'était pas d'la littératur',.
(Les copains d'abord) |
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| François Villon |
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En l'an trentième de mon âge
Que toutes mes hontes j'eus bues.
(Le testament) |
Après une franche repue
J'eusse aimé, toute honte bue,
...
(Le moyenâgeux) |
Au plaisir,
Brassens |