Ce que Trenet pense de Brassens
       
       
         
         

Serge

      Bonjour,

Je vous laisse apprécier la réponse de votre «collègue»...

Ma question était: «Je m'étonne que Brassens vous ait pris comme maître, alors qu'il a écrit «les Trompettes de la Renommée» (en citant un passage de cette chanson) et par ailleurs, pourquoi avez-vous attendu le mois d'août 2000 pour parler publiquement de votre homosexualité...»

Nulle part je n'ai parlé de «garçons»...

Quant à dire que «Brassens est un chansonnier, pas un poète», je vous laisse juger, vous rappelant qu'il a quand même obtenu le 1er prix de l'Académie Charles Cros!!!

Et je connais des chansons dédiées à Brassens, écrites par des ecclésiastiques (l'abbé Noël Colombier par exemple...)

Salutations

Serge

 

       

 

       

Georges Brassens

      Serge, Bonjour,

Je crains fort que mon vieil ami Charles ait été perturbé (on le serait à moins) par le virage brutal qui a récemment bousculé sa vie. Ou, dans le tumulte qui suit toujours de tels événements, aurait-il confié son courrier à un nouveau secrétaire qui aura mal interprété ses notes. Mais le qualificatif «chansonnier» ne me défrise pas vraiment et je sais que sous la plume de mon ami Charles, il n'est pas du tout limitatif.

Vous êtes gentil de signaler mon prix de l'Académie Charles-Cros, mais Trenet, qui a merveilleusement conservé jusqu'à ce jour sa vitalité d'esprit, n'a pas pu oublier que j'ai jadis été honoré du prix de la poésie de l'Académie française. Je suis sûr que l'amertume qu'il a quelques fois exprimée pour ne pas avoir lui-même été invité chez les immortels ne l'a aucunement conduit à occulter cet honneur, qui m'a été accordé sans que, pour ma part, je n'aie jamais amorcé la moindre démarche pour y arriver.

D'ailleurs, il peut se réconforter en sachant que par son oeuvre il est, lui, véritablement immortel, contrairement à plusieurs de ceux qui ont été affublés de l'épithète et dont on a oublié et le nom et l'oeuvre. Enfin, je vous réfère à une dédicace dont Trenet m'avait gratifié et que je citais récemment.* Retenez qu'il me qualifiait alors de «doux grand poète». C'était en 1962.

Vous êtes gentil également de citer la chanson hommage du père Colombier. Mais j'ai plaisir à me rappeler que deux curés ont signé chacun un livre sur Brassens et son oeuvre. «Myosotis sur Pavillon noir» a été écrit par l'abbé François Pierre, et mon bon ami le père André Sève a publié «Brassens, toute une vie pour la chanson». De plus, j'ai fait la couverture de quelques périodiques religieux tel Pèlerin Magazine, qui m'ont souvent consacré des reportages très flatteurs.

Par ailleurs, vous ne vous étonnerez pas si je vous annonce que je me fous complètement que mon plombier soit végétarien, que mon dentiste soit protestant. Aussi, je ne crois pas qu'il reste beaucoup de sycophantes qui se disent, en entendant «La Mer»: «Tiens, c'est une chanson d'un homosexuel».

C'est d'ailleurs cette même notion que je tentais d'exprimer, (mais quelques-uns semblent avoir compris le contraire: risque calculé de l'allégorie, pourtant pas si éthérée!) en signalant que le crime pédérastique ne paie plus. (Tiens, c'était également en 1962!).

Trenet restera, qu'il soit végétarien ou pas, un maître pour tous ceux qui ont voulu et voudront faire plaisir en déposant des mots (et des idées) sur de la musique.

Au plaisir

Brassens

* Voir plus haut: «Message au paradis»