As-tu écrit des livres?
       
       
         
         

Gianni Grillo

      Salut Georges!

J'ai lu de nombreux livres sur toi, mais en as-tu écrit? De plus, j'ai appris qu'un bouquin sur les traits de ton visage existait et je n'étais pas au courant, peux-tu m'en donner les références? Je viens de terminer ton portrait (à l'huile). Il ne me quitte jamais, d'ailleurs je vis à «Brassensville» une cité que j'ai créée dans ma tête; un pays imbécile où jamais il ne pleut!!!!!!

On se comprend hein?!!!

À bientôt,

Gianni de Bruxelles

 

       

 

       

Georges Brassens

      Gianni, Bonjour,

Du temps de ma jeunesse, avant que toute mon énergie ne soit canalisée vers mes chansons, j'ai commis quelques ouvrages divers.

«Des coups d'épée dans l'eau», un premier recueil de poèmes, n'était qu'une petite plaquette manuscrite, sur papier quadrillé, polycopiée à quelques exemplaires pour les parents et les amis. En 1982, le copain André LaRue publiait une biographie: «Brassens, une vie». Son éditeur eut l'idée d'annexer à ce livre un fac-similé de cette oeuvre de jeunesse.

«À la venvole», un opuscule de 32 pages, publié la même année, à mes frais, aux éditions Albert Messein, regroupait de nouveaux poèmes. «Le Taureau par les cornes», en 1944 ne fut pas davantage diffusé, autrement que par des exemplaires polycopiés de ce recueil de poèmes antimilitaristes. «La Lune écoute aux portes» fut publié à environ cinquante exemplaires en 1947, toujours à compte d'auteur, (ou à compte des copains de l'auteur!) mais en usurpant la présentation et le sigle de Galimar, N.R.F., qui, à ma grande déception, n'a pas daigné s'en offusquer. (Peut-être était-il un grand visionnaire, heureux de voir sa maison associée à mes premiers balbutiements!)

«La Tour des miracles» se voulait un roman. Il fut publié en 1953 par les éditions Jeunes auteurs réunis. Premières lignes: «En ce temps-là nous habitions à Montmartre. Une maison hiraclifique de sept étages par temps calme et de six les jours de bourrasques».

«La mauvaise réputation» enfin, en 1954 aux éditions De Noël, en plus des textes de mes premières chansons, présentait «Les amoureux qui écrivent sur l'eau», un conte théâtral de 140 pages mettant en scène une nymphe de la mer Baltique, Vénus Hottentote, égérie Tomahawk, et de nombreux figurants: le cul-de-jatte, l'enrhumé, le chauve, la bécasse, etc.

Un nombre étonnant de livres ont été publiés en rapport avec mon oeuvre et ma vie. Je m'étonne toujours que chaque année des thèses universitaires soit défendues, et parfois publiées, qui dissèquent une dimension ou l'autre de mon travail.

Si l'on exclut les rééditions, augmentées ou reformatées, si l'on exclut quelques éditions de luxe, avec oeuvres d'art originales, publiées à quelques exemplaires, on peut compter environ quatre-vingt livres consacrés à ma vie et à mon oeuvre. Je regrette que diverses bibliographies compilées à l'occasion soient incomplètes ou comportent des inexactitudes. Et je suis heureux d'apprendre que Jean-Paul Sermonte, par ailleurs âme dirigeante du bulletin «Les amis de Georges» signera à l'automne un nouvel ouvrage, «Brassens, au bois de son coeur» qui comportera bibliographie, discographie et une liste de tous mes interprètes, en près de quarante langues.

Par ailleurs, le livre auquel vous faites allusion a pour titre «Célébration du visage». Cette petite plaquette éditée, en 1966, par Robert Morel, présente 40 portraits photographiques, en noir et blanc, par Pierre Joly et Verra Cardot publiée à 10 000 exemplaires, on me dit qu'on la retrouve aujourd'hui difficilement sur le marché. Les auteurs y parlent d'un visage «où les traits de générations d'hommes se mêleraient insensiblement aux siens: marins des barques très anciennes, paysans et poètes chevelus, anarchistes au front plein d'insolente philosophie ...». Les photographes peuvent être aussi des poètes.

Dans cette même collection, je n'ai pas été trop étonné de voir mon nom ou mes vers associés à trois autres titres: Célébration... de la pipe, des jurons, des putains.

Enfin, nous parlons de livres sur moi et de portraits de moi: un ouvrage paru tout récemment, «Brassens, poète érudit», par Bertrand Redonnet, aux éditions Arthémus, (qui en sont au sixième ouvrage en rapport avec mes chansons), étude par ailleurs très intéressante, comporte, en tête de chapitres, 17 portraits de moi, ma foi fort intéressants, (et sûrement moins mauvais que l'exécrable portrait que l'on m'avait offert à mon anniversaire!) tous de styles très différents les uns des autres mais tous dessinés par le même illustrateur, Robert Le Gresley. Cet artiste, qui se dit non professionnel, en serait à plus de cent soixante études de cette même tête accentuée de bacantes. Un mérite certain!

Salutations à mes bons amis belges.

Brassens