Apologie des orphelins
       
       
         
         

Noemie

      M. Brassens,

Je trouve honteux que dans votre chanson «l'orphelin» vous vantiez les mérites qu'il y a à être orphelin, vous dites qu'ils ont plus de chance que les autres... Imaginez que tous les enfants entendent cette chanson ils voudraient tuer leur parents pour être orphelins et que ce que «prédit» votre chanson arrive, vous poussez les enfants au crime!

Une admiratrice mécontente
Noemie

 

       

 

       

Georges Brassens

      Madame,

Dans un premier temps je me suis demandé si votre remontrance était un canular de mon ami Pierre Perret, à qui on a reproché d'avoir recommandé aux enfants «d'ouvrir la cage aux oiseaux », de leur rendre la liberté. Il semble qu'en écoutant sa chanson, plusieurs marmots se soient crus investis d'une mission et soient passés à l'acte.

Puis, j'ai été envahi d'un doute coupable: si c'était vrai. Mais je veux tout de suite vous rassurer: j'ai vérifié avec Interpol, et on m'assure qu'on ne trouve aucun cas d'enfant qui, après avoir écouté ma chanson, ait trucidé ses parents ou même qui en ait eu l'idée, pour avoir au dessert la meilleure part du gâteau ou pour se libérer du joug de l'école?

Puis mon inquiétude s'est transformée en pensant aux enfants qui peut-être vous entourent ou vous ont entourée et qui seraient crédités de si peu de discernement.

La chanson est un divertissement et les enfants savent très tôt que les petits bateaux qui vont sur l'eau n'ont pas de pattes.

G.B., la mauvaise herbe