Anecdotes
       
       
         
         

Timothée Gros

      Cher Georges, (si tu m'autorises cette familiarité),

Dans le cadre de mes études, je dois réaliser un mémoire d'une vingtaine de pages sur le sujet de mon choix. Passionné depuis l'enfance par tes textes et ta musique, j'ai choisi de me pencher sur ton oeuvre et plus particulièrement sur ta vision de la femme... On distingue en effet plusieurs aspects: Une vision de la femme dans ce qu'elle a de plus charnel («Le blason», «La fille à Cent sous»...). Il y a également une série de chansons en apparence très mysogynes... (tu as écrit une longue lettre à l'une de tes admiratrices sur ce sujet qui m'en a déjà appris beaucoup...). Est-ce que je me trompe en disant que ces chansons reflètent un ressentiment envers une femme en particulier ?

Ce deuxième volet ne doit pas écarter les nombreuses chansons magnifiques et d'une rare tendresse souvent dédiées derrière lesquelles on voit souvent planer l'ombre de Puppchen... C'est là le troisième volet de ma recherche... A l'écart de ces trois thèmes il y a les innombrables hommages aux femmes de toutes conditions... La Jeanne , les femmes de petite vertu...

Au cours de ces travaux je souhaite mettre en avant les liens éventuels entre ces textes et des épisodes de ta vie privée qui ont pu les influencer... Je suis à l'écoute de toutes les anecdotes que tu pourrais me raconter afin d'étayer ma présentation. N'hésite pas non plus à me corriger si jamais la structure de ma recherche te parait inappropriée.

J'espère que tu ne te montreras pas offensé que je me penche ainsi sur ta vie privée sur laquelle tu aimais te montrer discret.

Je te souhaite un heureux repos éternel,

Amicalement,

Timothée

 

       

 

       

Georges Brassens

      Bonjour Thimotée.

Je sursaute encore à chaque fois que je vois le mot «misogynie» associé à mes chansons. Et vous avez parfaitement raison de nuancer d'un judicieux «en apparence».

Ma vie amoureuse n'a pas été caractérisée par le nombre des partenaires ni par les incidences notables de l'une ou l'autre de mes amourettes sur ma vie. Mes béguins de jeunesse, à Sète, ne furent que l'apprentissage de bon aloi de la femme, de l'amour, de la vie. Je ne peux pas vous narrer ici les quelques épisodes de ma vie affective qui, installé à Paris, ont meublé mes loisirs et parfait mon éducation amoureuse en attendant que je rencontre la femme du reste de ma vie. Mais quelques-unes des biographies qui m'ont été consacrées vous révéleront les secrets de mes aventures galantes et l'impact qu'elles ont eu sur mon travail, les chansons qui ont été influencées, sinon directement inspirées, par mes favorites occasionnelles. Le «Georges Brassens», de Jean-Louis Calvet, esquisse très judicieusement la chronique de ce volet de ma vie.

Vous auriez également un bon éclairage sur mes positions et appréciations de la gent féminine en consultant l'un ou l'autre des ouvrages qui ont été spécifiquement consacrés à ce sujet. Le plus connu est le livre de Paul Ghézi intitulé «La femme dans l'˙uvre de Georges Brassens» (1991), édité par les Presses universitaires de Bordeaux. Quelques thèses sur le même thème sont plus difficilement retraçables. Les plus connus sont: «Les visages de la femme à travers les chansons de Georges Brassens» (1977), également à l'Université de Bordeaux, et «La notion de la femme chez Brassens» par Annick Bouchet, à l'Université de Wessem, en Australie (1974).

Enfin, je voudrais vous signaler un couplet peu connu d'une de mes chansons, elle-même indûment restée dans l'ombre, et que j'aimerais toujours citer à ceux qui me soupçonnent de misogynie. La chanson a pour titre «Le fidèle absolu» et si j'y livre le fond de ma pensée sur divers sujets, le couplet sur l'amour d'une femme se veut un hommage respectueux à celle qui fut pour moi la partenaire de ma vie.

Je n'ai vu qu'un amour, un seul, mais je l'ai vu,
Et ce grain de beauté a su combler ma vue,
Et ce tout petit bout de Vénus me suffit :
Pour connaître une femme, il faut toute une vie.
Si l'envie vous prenait de courir les jupons,
Soyez gentil, ne courez pas après ma belle.

Je vous souhaite bon succès dans la rédaction de votre mémoire, mais surtout dans vos amours.

Brassens, un amoureux transi.