Alors, ces vacances?
       
       
         
         

Sylvain Rausa

      Salut tonton!!

Alors, ces vacances sous ton pin parasol? Un peu de fraîcheur? Ici tu sais, la canicule aoûtienne n'a pas fini de dessécher les imbéciles. C'est du boulot tu sais!

Pour ma part, je reviens du Larzac. Dans le rang des babas on a vu mon combi. J'étais allé voir José sortant de l' ombre; je te le présenterai tu verras. C'est un brigand sympa. Il te plaira. Je m'apprête à partir en vacances chez papa, maman, à redevenir petit garçon. À ce propos: tu sais que papa est fâché à mort de n'avoir plus de nouvelles!

Et il faut le comprendre le pauvre. On en est réduits à lire des lettres que tu adressais à d'autres. À force de discrétion, tu nous a rendus un peu commères.

Enfin si tu me réponds je te donnerai son adresse. Que tu lui fasses un petit coucou. Tu dois trop t'amuser pour penser à nous. Décidément tu l'as belle. S'il te plaît: garde-moi bien la place juste à côté de toi.

Je t'adore...

Sylvain

 

       

 

       

Georges Brassens

      Bonjour Sylvain,

Mes vacances permanentes se passent merveilleusement bien, merci, et j'apprécie grandement la vie d'éternel estivant que j'avais anticipée. Tout comme un père de famille à la retraite, dont la principale occupation consisterait à observer le parcours de vie de ses enfants, mes loisirs à moi, plus doué pour la création que pour la procréation, sont agréablement meublés en étant à l'affût des tribulations de mes rejetons, de mes petites chansonnettes.

Du temps que j'enfantais ces ritournelles, on m'a souvent demandé si je me souciais de la pérennité de mon oeuvre, d'une reconnaissance dans la postérité, certains me promettant une popularité inaltérable alors que d'autres m'invitaient à me résoudre à un oubli très prochain. Pour ma part, j'avoue que si ce n'était pas du tout une préoccupation à l'époque où j'étais comblé de constater que mon travail plaisait à mes contemporains, je suis très heureux de voir qu'aujourd'hui encore on apprécie mes chansons, dans tous les milieux, à tous âges et dans près de 40 langues, donc dans de nombreux pays.

Et à ce titre, si votre papa me reproche un peu mon égoïste défection, je vous invite à lui signaler l'un ou l'autre des nombreuses manifestations par lesquelles mes inconditionnels s'évertuent à maintenir la flamme. Chaque année, plusieurs «Festival Brassens» sont organisés partout en France et ailleurs dans le monde. Vous pourrez trouver facilement sur internet les coordonnées de ces événements. Par ailleurs, plusieurs sites présentent «l'actualité Brassens»: spectacles, expositions, livres, disques etc.

Enfin, je vous confirme que votre ami José m'est très sympathique. A chacune de ses interventions, je ne peux m'empêcher de me demander où on en serait si des hommes généreux comme lui n'avaient pas le courage de monter aux barricades. Une majorité des avantages, des mesures constructives obtenus par les populations ont rarement été accordés à l'initiative des dirigeants, des politiciens, mais ont été âprement mérités par les revendications de la base. A chacune de ses interventions, je ne peux m'empêcher de me demander où on en serait s'il y avait en France 5 José Bové, ou mieux encore, un Bové dans chaque sphère de l'activité humaine. N'hésitez pas à me communiquer l'adresse de votre papa, je serais heureux de le saluer.

Au plaisir,

Georges Brassens