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Georges Brassens

     
   

Actuellement

    Bonjour, Georges,

Je ne sais pas trop sur quel ton écrire le message que je vous envoie car vous êtes en même temps un homme qui a toujours fait partie de mon quotidien (mon père s'essayait à interpréter certaines de vos chansons), et une sorte de sage au regard critique qui connaît les choses de la vie et qu'il faudrait respecter.

Vous semblez autant d'une époque révolue, qui était bien différente de la notre et également, pour beaucoup de vos chansons d'une actualité toujours surprenante. Je pense notamment à votre chanson «Au marché de Brive-la-Gaillarde» ou vous exposez ouvertement votre rebut pour les forces de l'ordre de notre pays, étant donné qu'à l'heure actuelle des rappeurs sont jugés pour leurs textes. Je spécifie bien entendu qu'ils n'ont rien de comparables aux vôtres, mais cela demeure pour moi une atteinte à la liberté d'expression. Si vous écriviez aujourd'hui, quels seraient les sujets de vos chansons, que dénonceriez-vous, de quoi ririez-vous? De quel chanteur vous sentez-vous le plus proche à l'heure actuelle?

Dans l'attente de votre réponse.

Bien à vous,

Pauline



Bonjour Pauline,

Assurément, la liberté d'expression est un acquis sacré. C'est pourquoi, comme pour tout ce qui est sacré, il est essentiel d'en user avec respect. La liberté de parole doit être un instrument qui incite à être meilleur. Restreindre la liberté est assurément un moyen infaillible de ne pas progresser. La frontière est difficilement cernable et varie selon les époques, les cultures, les individus. Mais si quelqu'un «abuse» de la liberté, en fait un usage dommageable, (toujours sujet à une relative subjectivité), il renonce alors à la liberté puisqu'il autorise ainsi tous les autres à en abuser pareillement.

Je trouve que le rap est un phénomène fabuleux. Il est admirable qu'une fratrie, qui précisément n'avait pas de tribune, ait inventé un outil de communication nouveau, inattendu, adapté à son univers et l'ait développé avec une telle ampleur, une telle rapidité. Bien sûr ça ne convient pas à tout le monde. Tout comme mes chansons d'ailleurs. Tout comme l'opéra également.

Aussi, on peut trouver regrettable que quelques dérapages verbaux, (par des dé-rapeurs sans doute) que je ne juge pas, ne les connaissant pas vraiment, jettent le discrédit sur cet espace de communication, de prise de parole.

Je n'approuverai jamais la répression, la censure, moi qui en ai fait l'objet et qui a même été fiché au R.G., le Service des renseignements généraux. Si tout le monde avait un esprit de tolérance, la liberté irait de soi: vaut mieux cause toujours que ferme ta gueule.

Le chanteur dont je me sens le plus proche? Ça varie. Selon les jours, selon les années, selon mon humeur. Mais comme j'aime beaucoup la chanson, j'apprécie tous ceux et celles qui font de bonnes chansons, des chansons qui font plaisir à quelqu'un quelque part.

Enfin, comme j'ai toujours disserté sur les grands thèmes, universels, et avec un recul certain, comme à ce niveau les choses n'ont pas beaucoup évoluées, mon petit théâtre et ses personnages resteraient toujours sensiblement les mêmes.

Au plaisir.

Brassens.