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Anaïs et Océane
Lettre écrite dans le cadre d'un projet scolaire
écrit à

Emma Bovary


Une vie difficile


   

Chère Emma,

Lorsque j'ai lu votre histoire, j'ai ressenti de la tristesse et de la compassion. Votre vie n'était vraiment pas facile. Vos amants ne vous aimaient pas vraiment. Je souhaiterais que vous me racontiez votre vie car cela me touche. Je n'aurais pas aimé vivre à votre époque car l'égalité entre les hommes et les femmes n'existait pas. Vous n'avez pas vécu une vie facile, cela est bien dommage.

En attendant avec impatience votre lettre, je vous prie d'agréer, chère Emma, l'expression de ma sympathie.

Anaïs et Océane


Mesdemoiselles,

Vous m'expliquerez à qui je dois m'adresser puisque vous signez deux fois mais que vous parlez à la première personne. Pourquoi vous dissimulez-vous ainsi?

Vous me demandez de vous raconter ma vie: eh! mon Dieu, elle n'est pas bien longue, et il n'y a pas grande chose à en dire. Je suis née, ma mère est morte, mon père m'envoya au couvent où je reçus les marques d'une éducation assez raffinée; je touche un peu du piano et je me targue de littérature. Mon père me laissa épouser un médecin qui lui répara une jambe cassée; nous vivons avec la petite Berthe, qui est née après notre déménagement. Que vous dire d'autre? Je passe mes journées comme les femmes; c'est-à-dire que je m'ennuie à mourir et que je n'ai pas assez de voisins pour pouvoir y compter, si j'étais une femme de petite vertu, des amants que vous évoquez sans grande politesse, me semble-t-il. Félicité, ma servante, n'a guère de conversation, et je n'aime guère le notable de la ville, qui se plaît à donner des leçons à tout le monde.

Vous constatez que je n'ai pas une existence brillante qui vous donnerait des rêves de jeunes filles! Vous m'intriguez en revanche: qu'est-ce donc que cette égalité dont vous parlez? Vous m'avez fait rire d'abord; j'ai imaginé les hommes portant jupons, les femmes au café; les maris qui vont à la nourrice, et les femmes achetant des chevaux! ah! j'eusse aimé avoir une amie de pension pour rire à ces plaisantes idées! Je ne peux, vous comprenez, les partager autour de moi: d'abord on n'y comprendrait rien, et puis à quoi bon?

Mais je me suis souvenue ensuite de ce que mes correspondances habituelles de Dialogus m'ont appris que les jeunes filles de votre temps avaient le droit d'aller au collège avec les garçons; voilà qui est fort intéressant et très amusant; y a-t-il d'autres choses que vous faites comme les garçons? Mesdames vos mères fument-elles la pipe? Vont-elles à la bourse? Se mêlent-elles de médecine et de chevaux? Messieurs vos papas se font-ils friser? Vont-ils à l'office des vêpres? Est-ce cela l'égalité? Ah! que je ris! Répondez-moi, je vous en prie, cela m'amuse tant!

E. B.

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