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Chloé, Marina, Mathilde
écrivent à

Emma Bovary


Le sexisme à votre époque
(projet scolaire)


   

Chère Madame Bovary,
   
Après avoir su pourquoi vous avez voulu mourir, nous nous sommes révoltées contre le peuple et ses idéaux. Quelle hypocrisie! Quelle façon de penser! Qui a décrété que l'homme est supérieur à la femme? Mais qui? Mourir pour un homme, c'est comme mourir pour une pomme de terre! La société dans laquelle on vit est si sexiste. Pourquoi tolérer plus l'adultère chez l'homme que chez la femme? Pourquoi faire un tel scandale? Mais pourquoi?

Alors ne regrettez jamais votre passé qu'il soit bon ou mauvais et relevez la tête. Souriez et le monde sera à vos pieds.
                                         
Nous vous prions d'agréer, Madame, l'expression de nos salutations distinguées.         


Mesdemoiselles, -car je suppose qu'il faut bien appeler demoiselles des âmes révoltées et toutes pleines des émois de la jeunesse- je dois hélas vous avouer que je ne comprends rien à ce que vous me chantez là.

Décidément, je vais de surprise en surprise! Passées les premières interrogations qui concernaient le moyen de nous entretenir que m'offrait cette fantastique machine Dialogus, je m'aperçois que le plus bizarre, ce sont bien les échanges que j'ai avec votre siècle. Outre les étrangetés que vos chrono-compatriotes m'apprennent sans cesse, j'ignorais de toute façon qu'on m'y connaissait si bien, moi qui pensais sortir de ma solitude en écrivant et en trouvant des amitiés, sinon factices, du moins épistolaires, voici que je découvre que l'on connaît ma vie parfois mieux que moi!

Je me prends parfois à rêver qu'enfin l'avenir me réserve une place qui m'est peut-être due... Le Destin, le cruel Destin aux yeux bandés, tient les miens clos, jusques à quand, grands dieux? Jusques à quand?

Vous me dites ainsi, Mesdemoiselles, que je veux mourir? Ah, bien! je vous en remercie! Il faut croire que, malgré l'école pour les filles qui semble être une généralité de votre curieuse époque, on n'y apprend guère les bonnes manières! Ainsi j'aurai tout lu. Savez-vous, jeunes oiselles, que vous me porteriez malheur avec vos sornettes? Je ne suis pas dupe, certes, de la superstition de bonnes femmes; mais enfin tout de même! On ne parle pas de ces choses-là! Certes je suis bien lasse de ma triste existence, que je traîne loin de tout, débordante de vide jusqu'à la lie; certes je suis malheureuse, oui, bien malheureuse; et mes jours ne sont pas ceux que j'aurais cru, lorsque j'étais jeune encore, et prête à m'épanouir, parcourir heureuse et sûre. Mais enfin, voyons; de là à l'excommunication! Pensez-vous bien à ce que vous dites?

Reste que cela, hélas, est la seule chose que je comprends dans votre bien étrange missive. Pourquoi se révolter contre les idéaux du peuple? Parlez-vous de ces nouveautés du socialisme et de je ne sais quoi encore? Et croyiez-vous donc que cela m'intéressât? Quid de vos apostrophes agricoles? Que signifie le «sexisme»? De quel scandale parlez-vous donc? Et enfin, surtout, surtout, pourquoi regretterais-je mon passé? Je suis née dans la boue, Mesdemoiselles, et j'y vis. Que regretterais-je sinon d'avoir accepté pour mari un pauvre homme dont, si j'ai pu croire qu'il m'en sortirait, ne m'a apporté que de cruelles déceptions? Enfin il reste un homme et, malgré tout, oui, Mesdemoiselles, il reste et restera toujours supérieur à notre sexe, trop délicat et trop sensible pour supporter comme
il le supporte les vicissitudes d'une vie sans joie.

Je suis, Mesdemoiselles, votre

E. B.

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