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Mélaine
écrit à

Emma Bovary


La vie


   

Chère madame Bovary,

Je vous écris car je sais que vous en connaissez, des choses de la vie! La vôtre n'a pas vraiment été facile mais je vous admire beaucoup.

Charles était (sans aucun doute) un époux ennuyeux et je comprends que vous l'ayez trompé. Mais vous l'avez été à votre tour par vos nombreux amants qui vous ont laissée tomber. Alors, pourriez-vous répondre à cette question: pourquoi êtes-vous tombée amoureuse de Charles?

Bien à vous,

Mélaine


Ma chère enfant,

Je vous en prie, pardonnez ce que vous pourriez prendre pour de la désinvolture à votre égard et à celui de votre missive; mais vous ne m'en voudrez plus lorsque vous aurez imaginé l'état de langueur dans lequel je me trouve, la fatigue qui me saisit sans cesse et qui pèse sur mes épaules lasses, l'ennui de la répétition des jours vides et pourtant au cours desquels je ne parviens pas à remplir les maigres obligations de ma correspondance, qui ne parvient plus même à me tirer de ce déplorable état que monsieur Homais a qualifié, je crois, de «neurassénique».

Je ne puis sans une douleur insupportable remonter aux temps heureux qui furent ceux de ma jeunesse, et du moment si bref et si terriblement rêvé qui fut celui qui a précédé mon mariage. Je ne sais pourquoi mais on me pose toujours la même question au sujet de ce pauvre Charles: aussi, je vous invite à consulter mes autres lettres, dont on m'assure qu'elles sont disponibles, et dans lesquelles j'ai assez pleuré à ce sujet.

Pardonnez-moi, ma chère demoiselle, mais je ne puis même supporter l'idée de penser et d'expliquer encore les cruelles déceptions qu'une jeunesse si passionnément rêveuse m'a infligées. C'est trop difficile. Ah!

E. B.

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