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Bonjour,
Je voudrais vous demander un conseil. Voyez-vous, je ne
me suis toujours pas dévêtue devant mon copain car je complexe sur mon
physique. En effet, je suis un peu amaigrie. Quel conseil me
donneriez-vous? Je tiens à préciser que cela fait un mois qu'on est
ensemble et, pour l'instant, on file le parfait amour.
Merci de votre compréhension, à bientôt.
Kity Kat
Chère mademoiselle,
Vous me voyez charmée que l'on puisse
s'adresser à moi comme à une personne de bon conseil. Quelle confiance
de votre part! Je suis enchantée de pouvoir recueillir vos secrets de
jeune fille; soyez sans crainte, ma chère petite, je les dissimulerai
bien doucettement dans mon cœur éprouvé.
Voyons ce que vous me
demandez. D'après les courriers que l'on m'a précédemment fait
parvenir, j'ai cru comprendre qu'à votre époque les jeunes filles n'ont
pas tout à fait les mêmes obligations que j'ai pu avoir. Ainsi, après
renseignement auprès de Monsieur Du Montais, je découvre que vous
pouvez, sans être fiancée, vous targuer d'un chevalier servant de votre
choix, et sans l'assentiment de vos parents, bien qu'ils en aient
parfois. Bien, très bien! Merveilleux! J'ai peine, ma chère petite, à
ne pas vous jalouser, voyez-vous... Mais je vais tenter de clore la
bouche à mes peines et de ne me consacrer qu'aux vôtres. J'ose à peine,
cependant, m'imaginer ce qui vous est permis sans la surveillance de
vos parents. Sainte Vierge! Si jeune, que de soucis! Et s'il vous
advient d'avoir des espérances? Est-il à votre époque communément admis
d'aller chez la faiseuse d'anges? Mais je dois, sotte que je suis, bien
me dire que les marmots nés hors mariage ne sont plus des bâtards à
dissimuler, en proie à toutes les vexations. Que c'est donc doux à
entendre! Dois-je espérer pour vous, ma chère, d'heureux événements? Je
suis bien curieuse, mais je brûle de savoir quel âge vous avez. Ne vous
pressez pas trop cependant, si vous saviez de quel souci il s'agit!
Mais
voici ce que je ne comprends pas: vous avez donc choisi votre compain
parmi, sans doute, bien d'autres jeunes gens qui vous poursuivaient de
leurs assiduités. (Mon Dieu! Que j'ai peine à m'imaginer pareil
tableau, qui doit être pourtant si charmant! La jeune fille rosissant
sous les hommages fleuris, madame sa mère en chaperon bienveillante et
douce... Mais au fait, pourquoi ne lui demandez-vous pas conseil? Une
mère si délicate et si sensible pour laisser son enfant papillonner
ainsi doit être bien aimante.) D'où vient donc alors cette gêne que
vous éprouvez dans les moments d'intimité? N'aviez-vous point déjà une
gêne lorsque vous l'avez élu? Ou bien ce désarroi s'est-il produit
ensuite? Et n'est-ce point finalement de son fait si vous vous montrez
contrainte et gauche sous son regard? Qu'attendez-vous donc de lui?
Mais
si je puis me permettre, ma douce petite, votre amoureux en a déjà sans
doute vu bien d'autres. Que croyez-vous donc qu'apprennent les pères à
leurs fils, et qu'ils font les jours de foire? Allons, croyez-moi, il
en a vu des maigres, des grasses, des potelées, des jeunes, des
vieilles, des grosses, des presque vierges, des vérolées, des fraîches
comme le printemps, des laides et des belles. S'il a eu l'heur de
trouver grâce à vos yeux, donc, ce n'est pas la comparaison d'avec les
filles de mauvaise vie qui lui viendra en tête au moment de lui offrir
ce que vous avez de plus cher. Pensez donc! Quel cadeau vous lui
faites, quel dévouement vous aurez envers lui! À moins qu'il ne soit
pas le premier; mais dans ce cas j'imagine qu'à votre époque si libre
on salue le choix et plus la virginité.
Donc, ma chère, il vous
a vue maigre, il vous a voulue maigre, il vous aura maigre. Et si,
vraiment, ôter vos jupons est une souffrance trop pesante, n'avez-vous
pas de ces chemises très commodes qui sont à la fois chemise et
culotte, savez-vous? La chemise en haut, sous le corsage, et au lieu
d'être lâche à la taille, elle se sépare en deux pans qui forment
culotte courte. Ma mère, hélas, m'a quittée bien jeune et n'a pas vu
mon trousseau; mais ma belle-mère, du temps où elle tentait encore de
dissimuler son mépris pour moi et où elle suait d'effort pour paraître
aimable, m'en avait montré plusieurs, de son mariage à elle (et qu'elle
comptait me faire employer, Mon Dieu! Toutes jaunies, aux dentelles
déchirées, quelle plaie!), spécialement brodées: autour de la fente que
vous savez, il était inscrit en velours «Dieu le veut» ou «Croissez et
multipliez-vous». Cela, savez-vous, dissimule assez bien tous les
défauts dont on ne veut qu'ils paraissent au grand jour, tout en
laissant le loisir de faire ce pour quoi on a montré sa chemise. Alors!
Ma douce, votre désarroi n'en est pas; attention à la marmaille, qui
s'attrape si vite, et profitez bien de ce que vous êtes venue me conter!
M'en donnerez-vous des nouvelles? Je rougis de ma demande, mais puisque
vous n'avez pas tremblé à faire la vôtre...
J'attends de vous un petit billet qui me dise que vous engraissez, baignée dans l'amour!
Vôtre,
Emma B. |