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Monseigneur,
Excusez-moi de vous déranger, mais je voulais vous
poser quelques questions: quelles sont vos relations avec le Roi? Vous
a-t-il pardonné votre trahison de la Fronde?
Et quelles sont vos
relations avec les autres membres de la famille royale: Monsieur,
Madame, le Dauphin? Et, enfin, avec votre frère et votre sœur?
Avec vos
parents?
Avec tous mon respect et mon amitié,
Morgane
Madame Morgane,
En ce qui concerne vostre
première question, il m'est arrivé d'y respondre lors de
mes correspondances avec vos contemporains. Monsieur Dumontais
m'asseure que vous pouvez les consulter, de ce fait je vous renvoie
à leur lecture.
Il y a plusieurs années
maintenant que je préfère de loin le séjour de
Chantilly à celuy de la Cour. Mes relations avec les autres
membres de la famille royale sont ce qu'elles doivent estre: cordiales
et respectueuses.
Mon frère et mes parents
ont quitté ce monde il y a déjà très
longtems. Lors de leur décès, cela faisoit un bon moment
que je n'entretenois plus aucune relation avec mon frère et ma
soeur. Non point que j'aye déjà entretenu une relation
quelconque avec mon frère. Nous estions très
différents dans nos manières et nos caractères.
Quant à ma soeur, les événemens de la Fronde puis
sa conversion ont fait en sorte de nous éloigner.
Mon père et moy estions
aussy très différens mais j'avois un grand respect pour
luy. Je luy ay obéi en tout (enfin, disons que mes
désobéissances ont esté très
limitées), comme doit le faire un bon fils. J'avois une grande
admiration pour ma mère et j'auray toujours le regret de ne pas
avoir esté à ses costés au moment de sa mort. Ma
mère estoit une femme extraordinaire et je ne crois point qu'il
existe de mots assez beaux, assez puissants et d'une assez grande
valeur pour la décrire.
Dans l'attente de vous lire de
nouveau, madame Morgane, je demeure
Vostre dévoué,
Louis de Bourbon
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