Quatre élèves du collège Champagne
écrivent à

   


Louis II de Bourbon

   


Bataille de la Fronde
 

   

Monsieur le Duc,

Nous sommes quatre élèves du collège Champagne. Nous avons l'honneur de vous adresser cette lettre en espérant que vous y répondrez.

Nous souhaitons tout d'abord vous questionner à propos de la bataille de la Fronde autrement dit «la bataille des Lorrains». Quelle fonction avez-vous occupée pendant cette guerre? Avez-vous participé à un complot pour avoir été jeté en prison? Et dans quelles conditions avez-vous été libéré? Combien de temps cela dura-t-il?

Connaissez-vous une certaine madame de Sévigné, épistolière et Marquise, mariée au Marquis Henri de Sévigné?

Et pouvons-nous vous questionner sur la formulation d'une lettre?

En vous remerciant de répondre à ces questions, nous vous prions de croire, Monsieur le Duc, à l’expression de notre considération,

Les élèves du collège Champagne


Messieurs,

Vous adressez-vous à mon fils? Si vous vous adressez à moy, vous devez le faire proprement. Monsieur le Prince, ou Vostre Altesse Sérénissime. Maintenant que ce point de bienséance est réglé, passons à vos questions.

Je pourrois noircir des centaines de pages sur le sujet dont vous me parlez. Mes fonctions? Elles ont changé selon les événements. Je me battay aux costés du Roy, puis je me battay pour luy, mais contre Mazarin, pour tenter de libérer le Roy de l’influence du cardinal. J'ay esté emprisonné injustement. Je partageois ma prison avec mon frère, ce qui en soi n'estoit point éloigné d'estre un véritable supplice. L'on nous faisoit surveiller si estroitement qu'il y avoit des gardes jusque dans les chambres. Monsieur de Bar, gouverneur de Vincennes, oublioit souvent à qui il s'adressoit lorsqu'il nous parloit et je me faschai souventes fois contre son arrogance. Il falloit se battre et je ne cessay jamais de le faire. L'on s'assura cependant de nous rendre la vie difficile, surtout dans les premiers tems de nostre captivité. Je fus outré et profondément blessé de cette arrestation injuste. Je suis entré en prison innocent; je suis sorti le plus coupable de hommes, un peu plus d’une année plus tard, grasce a une alliance avec le Parlement et le duc d’Orléans.

Je connois en effet Madame de Sévigné.

Quant a la formulation d’une lettre, je ne suis point la bonne personne à qui vous adresser sur ce sujet.

Vostre dévoué,

Louis de Bourbon