Lison Gérard [Gerard. Lison+RVPONP. FGOV. BE]
écrit à

   

bouddha
Bouddha

     
   

Libération, mais quelle libération?

   

Cher Bouddha,

C'est pour moi, un simple occidental à l'esprit cartésien, matérialiste, un grand honneur et une surprise de pouvoir communiquer avec vous. Je ne connais que peu la philosophie bouddhique et ne comprend guère ce que vous qualifiez de «libération». Se libérer de quoi et à quel prix, et pour devenir esclave de qui d'autre ou de quoi d'autre?

Ne pensez-vous pas qu'au nom de la contemplation de son vide intérieur et surtout au nom de la passivité ou de la méditation, que le progrès social et humain risque de se voir entravé?

Dire au peuple: «Si vous êtes pauvre, attendez d'être mort et ensuite vous aurez peut-être la chance de naître dans une famille riche», ce qui est la base même du principe de réincarnation, démotive l'action personnelle et, pour reprendre ce que dira plus tard un certain K. Marx, constitue «l'opium du peuple»?

Ne faut-il pas plutôt vivre sa vie présente pleinement et intensément, et ensuite abandonner la place aux autres?

Humblement,

G Lison!


Vous posez les bonnes questions, ô frère occidental, mais y apportez des réponses erronées.

Croire que bhavana est passive est une erreur.

Croire que bhavana est une contemplation du vide intérieur est une erreur.

(Note du traducteur: méditation est une traduction incorrecte du terme bhavana, qui signifie littéralement culture ou développement.)

Par ailleurs, vous semblez croire qu'il est stupide de compter sur les aléas du karma pour espérer une vie prochaine meilleure. Vous avez raison, c'est une idée qui est admise par beaucoup et entretenue par des brahmanes victimes de leur propre désir d'atman, leur propre désir d'immortalité, qui est une illusion.

Il faut cependant faire une différence entre la pauvreté et la misère. La première étant viable et pouvant être vécue avec sérénité. La seconde n'étant pas viable et ne pouvant pas être vécue avec sérénité.

Vyagghapajja m'a demandé, un jour que je séjournais chez les Koliyas, quelle devait être la conduite du laïc qui voulait vivre selon mes enseignements. Je ne lui répondis pas que s'il n'était pas heureux dans cette vie-là, s'il ne gagnait pas assez d'argent, il suffisait d'attendre et de souffrir en silence en espérant que la prochaine vie serait meilleure.

Je lui répondis ceci:

Ô Vyagghapajja, il y a quatre facteurs utiles pour le bien-être et le bonheur d'un fils de famille, dans cette vie même. Quels sont-ils?

L'acquisition de la vivacité ou la capacité d'organiser et d'effectuer son travail.

L'acquisition de la prudence ou travailler à ce que les richesses gagnées à la sueur de son front et de manière correcte ne soient enlevées ni par les rois, ni par les voleurs, qu'elles ne soient pas détruites par le feu, etc.

L'acquisition d'une bonne amitié ou nouer des liens avec les fils et filles de famille ayant progressé dans les bons principes, dans la confiance sereine, dans les vertus, la générosité et la sagesse.

Le maintien d'une vie équilibrée ou faire en sorte que les dépenses ne dépassent pas les revenus.

Ainsi, il est illusoire de croire que les choses s'arrangeront d'elles-mêmes sous les bons auspices du karma.

Ainsi, il est illusoire de croire que la meilleure manière d'avoir une vie prochaine meilleure est l'endurance passive aux souffrances qui nous sont infligées.

Ainsi, le Noble Octuple Sentier ne peut pas être considéré comme un opium ou tout autre phénomène qui nous éloignerait de la Vérité.

Vivez votre vie comme vous l'entendez. Ne vous laissez pas guider par une tradition religieuse, ni par ce que vous avez entendu dire. Ne vous laissez pas guider par l'autorité des textes religieux. Abandonnez les choses que votre coeur désapprouve et uniquement cela.

Telle est la Voie à suivre pour être certain de laisser une place viable et heureuse aux autres.


Je vous remercie de votre réponse sur laquelle je vais réfléchir.

Humblement,

G Lison