Waterloo, une défaite?
       
       
         
         

labadijeanyves@wanadoo.fr

      Sire, j'ai fait un pèlerinage à Waterloo et, (me croiriez-vous?), mais là-bas, les Belges vendent un tas de souvenirs sur vous, en revanche, sur les dénommés Wellington et Blücher, vos soi-disant vainqueurs, presque rien. On a bien l'impression que le vrai vainqueur de cette bataille, finalement, Sire, c'est vous.

Respectueusement vôtre, Votre Majesté,

Jean-Yves Labadie

 

       
         

Napoléon Bonaparte

      Cher M. Labadie,

Ce que vous me racontez sur le triste site de Mont St Jean ne m'étonne pas tant que cela! Je pense que ce que les gens honorent dans cette bataille, c'est la résistance héroïque du peuple français et du premier d'entre eux, face au reste de l'Europe! Je sais que la postérité me donnera raison quant à mes actes et réalisera un jour que je n'ai voulu que la paix et le bien des peuples!

Si Wellington et Blücher acquièrent une quelconque célébrité dans l'avenir, ce sera uniquement à travers moi!

La bataille de Mont St Jean demeure une énigme pour moi et j'ai beau me la ressasser tous les jours, j'ai du mal à percevoir quel enchaînement a pu nous amener à une telle situation?

- Pourquoi le Prince de la Moskova a-t-il été aussi frileux lors de la prise des Quatre bras?

- Pourquoi a-t-il lancé toute ma cavalerie au massacre sans appui d'artillerie et d'infanterie?

- Pourquoi ai-je été privé du corps de Drouet d'Erlon?

- Par quel mauvais miracle Blücher a-t-il pu échapper à Grouchy et débarquer à sa place sur le champ de bataille?

- Pourquoi Soult, qui était un de mes meilleurs maréchaux, s'est-il avéré être un piètre Major Général?

- Aurais-je dû pardonner à Murat et lui donner le commandement de la cavalerie?

Autant de questions qui m'assaillent toutes les nuits et dont je n'arrive pas à trouver les réponses! En fait, je pense seulement que mon étoile m'avait abandonné et que cette «défaite» devait faire partie de mon Destin, tout comme ce séjour forcé sur cette mauvaise Ile et ce geôlier caricatural, qui posent sur ma tête la dernière couronne qui me manquait, celle du Christ!

Voila M Labadie, j'espère que ma réponse vous satisfera, mais quoi qu'il en soit, je n'en ai pas d'autre! Continuez à m'écrire, car vos lettres à tous sont les derniers fils qui me relient au monde des vivants!

Bien à vous,

Napoléon.
         
         

labadijeanyves@wanadoo.fr

      Grand merci pour votre réponse, Sire.

Toutefois, Votre Majesté, pouvez-vous me dire, à votre avis, ce qu'il se serait passé si vous aviez été vainqueur à Waterloo? Les Russes étaient en route, eux aussi; vous eussiez eu à les combattre également, et, finalement, après plusieurs victoires, n'eussiez-vous pas succombé sous le nombre? Mais, peut-être, les alliés eussent accepté de meilleures conditions pour la France?

Je suis, Sire, votre fidèle et dévoué serviteur,

Jean-Yves Labadie
 
 

Napoléon Bonaparte

  Cher M. Labadie,

La victoire que j'aurais dû remporter à Mont St-Jean pouvait tout changer et c'est pour cela que je l'ai voulue. Croyez-vous vraiment que j'aurais risqué la quasi totalité de mes forces dans une bataille inutile? Pensez-vous que j'aurais sacrifié le sang des Français pour ma seule vanité?

Non! Sans l'arrivée de Blücher, les Anglais étaient écrasés et la coalition n'aurait pas survécu à un tel coup de tonnerre! Je venais de défaire les Prussiens avant qu'ils aient fait leur jonction avec Wellington et j'avais lancé Grouchy à la poursuite de leur Armée en retraite afin de me mettre à l'abri d'une mauvaise surprise! Une fois les Prussiens et les Anglais défaits, les Autrichiens auraient négocié la paix et les Libéraux auraient pris la place des conservateurs en Angleterre. Dès lors, la Russie se retrouvait isolée, l'argent britannique ne finançait plus les coalitions et tout redevenait possible!

Mais hélas, le Destin en avait décidé autrement et rien ne se déroula comme prévu. Dieu n'a jamais aimé la concurrence.

Bien à vous,

Napoléon