Votre course en avant
       
       
         
         

tcgranie@ThoughtWorks.com

      Monsieur,

Il est une question que je me suis toujours posée, en parcourant l'histoire de vos campagnes. Pensez-vous qu'à un moment donné, vous aviez une réelle opportunité d'en finir avec votre guerre contre l'Europe tout entière, et signer une paix durable, qui «normalise» votre règne et vous fasse accepter par les pays voisins?

À la lecture des coalitions et des campagnes qui se sont succédées, j'ai l'impression que vous étiez poussé en avant, et vos victoires elles-mêmes par leurs démesures vous condamnaient à cette course folle, qui finit comme on le sait.

Alors est-ce votre ambition qui vous a perdu ou les événements vous ont juste poussé en avant?

J'attends votre réponse avec curiosité.

Thomas Granier

 

       
         

Napoléon Bonaparte

      Monsieur Granier,

On ne gère pas les événements, on gère notre temps. L'ambition et les courses folles qui semblent vous obséder ne sont pas de mon fait. La victoire a fait ce que j'étais, la victoire seule me maintenait. Je DEVAIS abattre pour ne pas être abattu. Croyez-vous que je n'ai pas essayé d'atteindre cette paix qui chaque fois que j'étais sur le point de l'étreindre se dérobait à moi? Personne en Europe, et surtout pas ce poussah poussif de George IV et son argent de commerçant véreux n'a plus désiré la serrer dans ses bras que moi.

Cette paix, monsieur Granier, était le fer de lance de ma politique. On m'a taxé de folie, mais n'était-ce pas folie que de ressaisir cette monture affolée par la révolution et de la monter pendant qu'elle se cabrait sous les assauts des ennemis du peuple? N'était-ce pas folie que de sortir la France du bourbier où elle croupissait pour la montrer, étincelante comme de l'or aux peuples que j'aurais aimé avoir comme alliés et qui m'ont crucifié comme l'usurpateur, alors que c'est moi qui ai redoré leur blason? Non monsieur, on obéit aux événements. Eux nous façonnent. Nous ne sommes que des instruments entre les mains du destin. Que n'aie-je encore vingt ans à vivre et une paix durable....

Je vous salue, monsieur Granier et vous convie à me réécrire, voire à passer me voir si d'aventure vos déplacements vous amenaient dans ce coin du monde. J'aurais grand plaisir à en discuter de vive voix.

Napoléon