Jaco Bin
écrit à

   


Napoléon

   


Vos frères
 

    Sire,

Beaucoup de choses ont été écrites à ce sujet. J'aurais voulu connaître la nature de vos rapports avec vos frères.

Certains biographes affirment que vous étiez vraiment très proche de votre frère aîné, Joseph, car vous auriez bien fini votre vie aux USA à ses côtés comme vous l'aviez commencé avec lui (vous n'avez qu'un an et demi de différence, d'où une complicité évidente).
Si l'on observe les trônes offerts à votre famille, il semblerait que Lucien n'ait pas su attirer vos faveurs. Il était tout de même Prince (grâce au Pape et non grâce à vous) et a été le frère qui vous a le plus aidé lors de votre coup d'État. Il n'avait pas vingt-cinq ans et présidait déjà l'assemblée.

C'est peut-être, de vos frères, celui que j'estime le plus. Certains affirment que Louis était votre préféré. Vous auriez en effet été le tuteur de celui-ci, vous l'avez vous-même emmené à l'école militaire et vous le nourrissiez avec votre solde de Lieutenant. Vous lui avez fait épouser votre belle-fille et l'avez pardonné de ses initiatives (contraires à vos projets) lorsqu'il était roi de Hollande et reconnu son fils comme votre descendant au temps de l'Impératrice Joséphine. Enfin, Jérôme avait plus d'une génération de différence avec vous, néanmoins, vous lui avez assuré un trône (Westphalie) et l'avez qualifié de jeune prodige.

Lequel d'entre eux avait réellement votre affection?

Je pense que vos rapports avec vos frères dépendaient uniquement de la raison d'État. Tant qu'ils ne vous contredisaient pas, vous les acceptiez. Je veux bien croire qu'une fois nommé général, vous aviez à coeur de devenir chef de famille et de subvenir aux besoins de tous; mais, cependant, pourquoi se fait-il que pendant votre exil, vos frères ne se voient plus? N'y avait-il donc pas d'amour au sein de la famille Impériale? et ce, malgré les infortunes de Corse, les privations de Madame Votre Mère et les valeurs inculquées par votre père Charles (à qui, vous avez refusé une statue à titre posthume...)? Cela n'a t-il donc pas eu d'influence dans vos rapports avec eux, une fois l'avènement au trône Impérial accompli?

Je vous remercie pour vos lumières, Sire.

Monsieur Bin


À monsieur Bin,

J'ai bien reçu votre lettre mais ma santé nuit grandement à la promptitude de mes réponses. On voit bien grâce à vos lettres que ma famille n'a pas de secret pour vous! Je me réjouis de voir que certains détails -pourtant intimes- ne vous ont pas échappé.

Mon frère Lucien, s'il est parmi mes frères celui doté du plus d'esprit, nous a causé grand tourment au cours de notre vie, notamment lors de l'attaque publique contre Paoli, qui a été cause en fin de compte de l'exil de la famille hors de Corse. Ses idées, trop souvent en désaccord avec les miennes, ses choix de mariages douteux, tout ceci nous a brouillés. Il a choisi la vie qu'il a eue, tout comme moi la mienne; nous nous sommes retrouvés en bout de chemin.

Louis est celui dont j'attendais le plus, car je l'ai pris sous mon aile dès son plus jeune âge, mais sa personnalité, si négative et son air de mourant n'ont pas aidé sa cause. Avec un peu d'efforts, son mariage aurait réussi: voilà pour moi un échec. Il aurait eu l'honneur d'être le père de mon successeur, mais il ne le désirait point.

Quant à Jérôme, bien qu'il ait certes des qualités, ses actes passés n'ont point joué en sa faveur.

Alors certes, mon frère Joseph aura été celui avec lequel j'eus le plus d'affinités. Il était l'aîné; sa position naturelle lui donnait un certain statut (c'est du moins ce qu'il pensait), mais enfin, que serait devenue cette famille sans les actions que j'ai menées? Les membres de ma famille n'ont pas tous la même reconnaissance envers moi. À les entendre, on dirait que la couronne impériale nous a été léguée par feu notre père!

Ce père, à qui j'ai refusé que l'on élève un monument, parce que ce n'était pas pour sa gloire, mais en reconnaissance de la mienne. De ce fait, il aurait fallu ainsi ériger un monument à tous mes ancêtres! J'ai préféré le laisser où il était, mais mon frère Louis a pensé autrement, m'a-t-on rapporté!

En espérant que cette réponse vous satisfasse,

Bien à vous!

Napoléon