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Sire,
Beaucoup de choses ont été écrites à ce
sujet. J'aurais voulu connaître la nature de vos rapports avec
vos frères.
Certains biographes affirment que vous étiez vraiment
très proche de votre frère aîné, Joseph, car
vous auriez bien fini votre vie aux USA à ses côtés
comme vous l'aviez commencé avec lui (vous n'avez qu'un an et
demi de différence, d'où une complicité
évidente).
Si l'on observe les trônes offerts à votre famille, il
semblerait que Lucien n'ait pas su attirer vos faveurs. Il était
tout de même Prince (grâce au Pape et non grâce
à vous) et a été le frère qui vous a le
plus aidé lors de votre coup d'État. Il n'avait pas
vingt-cinq ans et présidait déjà
l'assemblée.
C'est peut-être, de vos frères, celui que j'estime le
plus. Certains affirment que Louis était votre
préféré. Vous auriez en effet été le
tuteur de celui-ci, vous l'avez vous-même emmené à
l'école militaire et vous le nourrissiez avec votre solde de
Lieutenant. Vous lui avez fait épouser votre belle-fille et
l'avez pardonné de ses initiatives (contraires à vos
projets) lorsqu'il était roi de Hollande et reconnu son fils
comme votre descendant au temps de l'Impératrice
Joséphine. Enfin, Jérôme avait plus d'une
génération de différence avec vous,
néanmoins, vous lui avez assuré un trône
(Westphalie) et l'avez qualifié de jeune prodige.
Lequel d'entre eux avait réellement votre affection?
Je pense que vos rapports avec vos frères dépendaient
uniquement de la raison d'État. Tant qu'ils ne vous
contredisaient pas, vous les acceptiez. Je veux bien croire qu'une fois
nommé général, vous aviez à coeur de
devenir chef de famille et de subvenir aux besoins de tous; mais,
cependant, pourquoi se fait-il que pendant votre exil, vos
frères ne se voient plus? N'y avait-il donc pas d'amour au sein
de la famille Impériale? et ce, malgré les infortunes de
Corse, les privations de Madame Votre Mère et les valeurs
inculquées par votre père Charles (à qui, vous
avez refusé une statue à titre posthume...)? Cela n'a
t-il donc pas eu d'influence dans vos rapports avec eux, une fois
l'avènement au trône Impérial accompli?
Je vous remercie pour vos lumières, Sire.
Monsieur Bin
À monsieur Bin,
J'ai bien reçu votre lettre mais ma santé nuit grandement
à la promptitude de mes réponses. On voit bien grâce à vos lettres que ma
famille n'a pas de secret pour vous! Je me réjouis de voir que certains détails
-pourtant intimes- ne vous ont pas échappé.
Mon frère Lucien, s'il est
parmi mes frères celui doté du plus d'esprit, nous a causé grand tourment au
cours de notre vie, notamment lors de l'attaque publique contre Paoli, qui a été
cause en fin de compte de l'exil de la famille hors de Corse. Ses idées, trop
souvent en désaccord avec les miennes, ses choix de mariages douteux, tout ceci
nous a brouillés. Il a choisi la vie qu'il a eue, tout comme moi la mienne; nous
nous sommes retrouvés en bout de chemin.
Louis est celui dont j'attendais
le plus, car je l'ai pris sous mon aile dès son plus jeune âge, mais sa
personnalité, si négative et son air de mourant n'ont pas aidé sa cause. Avec un
peu d'efforts, son mariage aurait réussi: voilà pour moi un échec. Il aurait eu
l'honneur d'être le père de mon successeur, mais il ne le désirait
point.
Quant à Jérôme, bien qu'il ait certes des qualités, ses actes
passés n'ont point joué en sa faveur.
Alors certes, mon frère Joseph aura
été celui avec lequel j'eus le plus d'affinités. Il était l'aîné; sa position
naturelle lui donnait un certain statut (c'est du moins ce qu'il pensait), mais
enfin, que serait devenue cette famille sans les actions que j'ai menées? Les
membres de ma famille n'ont pas tous la même reconnaissance envers moi. À les
entendre, on dirait que la couronne impériale nous a été léguée par feu notre
père!
Ce père, à qui j'ai refusé que l'on élève un monument, parce que ce
n'était pas pour sa gloire, mais en reconnaissance de la mienne. De ce fait, il
aurait fallu ainsi ériger un monument à tous mes ancêtres! J'ai préféré le
laisser où il était, mais mon frère Louis a pensé autrement, m'a-t-on
rapporté!
En espérant que cette réponse vous satisfasse,
Bien à
vous!
Napoléon
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