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Cher Empereur,
Comme vous devez le savoir, bien des personnes
disent du mal de vous. Certains vous ont qualifié d'ogre, de monstre,
d'inhumain. Pourtant, vous avez plus d'une fois montré votre courage et
votre grandeur d'âme. J'ai su que lorsque votre épouse Marie-Louise fut
sur le point d'accoucher de Napoléon-François, les médecins vous ont
demandé de choisir entre l'enfant et la mère, et vous avez privilégié
la vie de votre épouse. J'ai également appris que vous aviez adopté
deux jeunes garçons, fils de Marc-Antoine Goeffroy-Chateau, officier et
major du corps impérial mort le 23 février 1806: vous avez par décret,
le 6 mai de la même année, adopté Louis-Napoléon et Hyppolite-Napoléon.
Veiller sur ces jeunes enfants met bien en avant votre bon coeur.
Cependant, pourquoi être allé jusque là?
Mes respects,
Anaïs
Bonjour Anaïs,
Pour répondre à la question que vous m’avez posée
au mois de novembre quant à l’adoption des fils Geoffroy-Château, je
dirais qu’elle entre dans cette même logique qui m’a animé depuis le
Consulat: il ne sera pas dit que les familles de nos braves vieilliront
sans ressources. Du reste, votre lettre laisse flotter une ambiguïté
que je tiens à lever: par «adoption», il fallait plutôt entendre une
espèce de prise en charge, comme l’aurait fait un parrain éloigné. Je
tenais à veiller à l’éducation de ces enfants, étant donné les nombreux
services rendus par leur père en Égypte et en France. N’oublions pas
que la famille dont ces garçons sont issus (comprenant
Geoffroy-St-Hilaire) est des plus dignes.
Tous mes regrets pour le délais pris à vous répondre.
Au plaisir de vous relire et de vous écrire à nouveau,
Bien à vous,
Napoléon
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