Du collège de Marcq, le lundi 22 octobre 2007
Destination: l'île
Sainte-Hélène
A Votre Grandeur Napoléon,
Nous espérons que
Votre Grandeur ne se sent pas trop seul sur son île de Sainte-Hélène. Nous
écrivons à Votre Magnificence pour lui tenir compagnie, occuper son temps, et
lui poser quelques questions sur sa vie passée: Votre Honneur s’est-il remis de
sa minime défaite du détroit de Gibraltar? Comment Votre Majesté a-t-elle passé
son enfance en Corse? Est-ce que Votre Grandeur est satisfaite d’avoir réuni le
duché de Varsovie? Vos grandes conquêtes vous suffisent-elles? Quels liens Votre
Honneur entretenait-il avec son cher neveu?
Si Votre Honneur avait
l’obligeance de répondre à nos humbles personnes, nous en serions transportés de
joie.
Nous prions Votre Grandeur d’agréer nos salutations les plus
distinguées.
Sincèrement,
Nicolas, Corentin, Arthur
À Corentin, Arthur, Nicolas,
Bonjour à vous!
Lors de votre
dernière missive, vous me demandiez si je me sentais seul sur mon île. La
réponse est évidente pour quiconque est retenu contre son gré dans cette île du
diable! Mais fouiller mes archives personnelles et mes souvenirs pour vous
répondre pose toujours un baume sur mon cœur.
La minime défaite de
Gibraltar? Faites-vous allusion à Trafalgar? Si Villeneuve avait eu gain de
cause, c'est tout mon règne qui aurait changé! Pensez-y, la fin ultime des
guerres en Europe en 1805! Toutes les vies qui auraient été sauvées, tous les
changements dans les idéaux européens... Je pense que Trafalgar sera toujours en
moi comme le premier de mes grands revers. J'ai accepté le résultat, et mené ma
vie comme je l'entendais pour que mes objectifs se réalisent, mais en y
repensant, j'en garderai toujours un goût amer.
Mon enfance en Corse est
en fait des plus simples; élevés dans une famille pauvre n'ayant que le
nécessaire, entassés dans une maison avec une autre famille, notre situation
n'était pas enviable, il est vrai. Mes connaissances en mathématiques furent
remarquées dès les premières classes. Nous passions nos étés dans nos
plantations et je me querellais sans cesse avec Joseph, mon frère aîné. J'ai
quitté la Corse à l'âge de dix ans pour l'école militaire de Brienne, où tous
les jours je rêvais d'Ajaccio.
Mes conquêtes ne sont pas le fruit du
désir personnel, mais bien la suite logique d'une agression dont je me suis
montré vainqueur. C'est le cas, du moins, de mes plus fulgurantes conquêtes. Le
reste, c'est de la politique. Pour la Pologne, je suis toujours fier d'avoir
fait un geste pour ce peuple, puisse-t-il avoir fait une différence dans son
histoire; mais je risquais de perdre l'allié russe si je lui rendais son
indépendance! C'était payer bien cher le bonheur d'un pays, alors que le
bien-être de toute l'Europe était mon objectif.
Vous me parlez de mon
neveu; j'en déduis que vous parlez du fils d'Hortense, Louis-Napoléon? Je ne
l'ai pas vu assez souvent dans ma vie pour le louer auprès de vous, car c'est
auprès de sa mère Joséphine qu'Hortense passe le plus de temps.
Bien à
vous,
Napoléon
