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Paris, ce 15 janvier 1820
Sire,
Voilà plus de quatre ans que vous
avez quitté le sol de notre belle France pour ne plus jamais le fouler. Je
n'oserais vous entretenir de cette atroce Restauration, tant je craindrais de
vous peiner. Sachez seulement que votre souvenir hante sans cesse l'esprit de
vos fidèles sujets qui, je puis vous l'assurer, ne vous ont jamais oublié. Et
vous, Sire, qu'êtes vous donc devenu? Dans quels cruels tourments vous ont donc
plongé ces perfides Anglais? Je vous en prie, Sire, rassurez-moi sur votre santé
et dites moi qu'elle est des meilleures.
Il y a tant d'années que je n'ai
plus eu l'honneur de voir Votre Majesté. Peut être vous en souvenez-vous,
c'était le 26 juin 1815 à la Malmaison. A cette époque je songeais, le cœur
serré, que cette entrevue serait sans nul doute la dernière que nous aurions.
Vous pouvez alors aisément imaginer la joie qui est la mienne en vous écrivant
ces quelques lignes. Quel bonheur de penser que malgré votre lointain exil,
cette missive pourra vous parvenir. Peut-être même me ferez-vous l'honneur d'y
répondre.
Il est un sujet dont je rêve de vous entretenir depuis
longtemps. Je crois qu'il est temps de vous poser ces questions qui brûlent mon
cœur et mon esprit, eux qui ne sont jamais vraiment parvenus à s'éloigner de la
terre de mes ancêtres. Ah! Mes chères terres de Brienne! Que de doux souvenirs y
ai-je laissé! Et vous-même, Sire, les avez-vous oubliées? Il me plairait tant de
connaître vos sentiments à ce sujet. Quels souvenirs avez-vous donc gardé de
cette école militaire? À quoi occupiez-vous vos journées? J'ai appris que vous
étiez passionné de mathématiques et que votre professeur, le père Jean-Baptiste
Patrauld, vous comptait parmi ses élèves les plus estimés. Qu'en était-il
exactement? Quelle opinion vous étiez-vous faite à son propos? Pour finir,
pourriez-vous m'éclairer sur les quelques évènements qui marquèrent la bataille
de Brienne lors de la campagne de France?
J'espère, Sire, que ces
quelques questions ne vous auront point importuné et que vous me réécrirez bien
vite pour me donner de vos nouvelles. Pour l'heure, recevez les humbles hommages
d'une de vos plus fidèles servantes,
Adrienne de Carbonne
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