Mon général,
Profitez d'un repos bien mérité après des années
tumultueuses sur le continent européen. Surveillez vos geôliers anglais avec
vigilance!
Pour ma part général, j'aimerais bien savoir pourquoi vous
avez envoyé l'écervelé Villeneuve affronter le redoutable Nelson sur les côtes
espagnoles à Trafalgar, cette défaite si dure à avaler pour la flotte
franco-espagnole aux dépens des Anglais. Jamais l'Angleterre n'avait eu si peur
d'une invasion de son île. Dommage! Dommage mon général, il fallait plutôt se
fier au haut commandement de Gravina et des Espagnols, qui sont de bien
meilleurs
marins que les Français, notamment lors des combats en mer. Je
déplore cette attitude mesquine et hautaine des Français envers ses alliés
Espagnols.
Sachez, mon général, que cette défaite confirma la suprématie
de la perfide Albion sur les mers de tous les continents. N'aviez-vous rien
appris de la dure défaite à Aboukir? Toujours ce scélérat de Nelson qui aura eu
raison de vous sur les mers et pire, propulsa l'Angleterre au rang de puissance
coloniale mondiale. La politique anglaise, plus pragmatique dans le contrôle des
mers, aura réussi à ridiculiser la vieille politique française, c'est-à-dire à
faire la guerre sur le vieux continent pour un prétendu rayonnement culturel de
votre personne.
Général, il n'en demeure pas moins que je suis allé
visiter la Corse et que votre nom y est vénéré. Merveilleux endroit.
Mes
respects,
Don Marco
Bonjour Don Marco,
Vous avez raison sur le point que les conseilleurs
espagnols auraient mieux fait que Villeneuve. Je crois que moi-même, qui ne suis
pas un marin, aurais pu faire mieux. Mes lacunes en ce domaine ont fait la perte
de la flotte, car j'ai cru pouvoir manoeuvrer sur mer comme je l'aurais fait sur
terre, ce fut une erreur. En ce qui concerne Villeneuve, sachez que son renvoi
avait été décidé mais que la missive est arrivée si tard que ses navires avaient
déjà pris la mer pour cette funeste journée de Trafalgar. Ce Nelson aura donc
réussi à sauver son pays, bien plus que l'aura fait Wellington. Dire que si
Villeneuve avait quitté Cadix pour la Manche, des années de guerres auraient été
épargnées.
La Corse, dites-vous, est un merveilleux endroit, mais j'ai
peine à croire que mon nom y soit vénéré. Les Corses sont si colorés qu'il ne me
surprendrait pas d'y avoir autant d'admirateurs que de détracteurs. Il me
faudrait être de votre temps pour le constater.
Avec tout mon
respect,
Napoléon
