Daphné
écrit à

   


Napoléon

   


Talleyrand
 

   

Votre Majesté,

Merci de prendre la peine de répondre aux questions des lecteurs de Dialogus.

J’aimerais beaucoup savoir ce que vous pensez de monsieur de Talleyrand. Croyez-vous qu’il vous ait trahi? N’aimait-il pas la France par-dessus tout?

Avec mes respectueuses salutations,

Daphné


Bonjour Daphné,

Quel joli prénom que le vôtre!
À mon sens, Talleyrand est un homme qui n’aime que lui-même. Il a toujours trahi tout le monde pour s’assurer une bonne position. Il a abandonné la religion, Louis XVI, Robespierre et le Directoire (dans l’ordre) pour chaque opportunité personnelle. Il m’a bien servi... tant qu’il m’a servi! Sans ses manigances, mes relations avec les princes étrangers auraient très bien pu être différentes et, de ce fait, changer le destin de l’Europe. Je crois que je préfère le voir en politicien opportuniste. Mais c’est ici l’opinion d’un Empereur trahi, bien entendu!

Au plaisir de vous répondre encore,

Bien à vous,

Napoléon 1er


Votre Majesté,

Merci d’avoir répondu à ma question avec tant de gentillesse. Votre missive tombait à point nommé: je découvre en ce moment les souvenirs d’enfance d’un grand penseur français, Ernest Renan, qui appartient à la génération suivant la vôtre. Or, le jour même où je recevais votre réponse, je découvrais un épisode – le dernier – de la vie de monsieur de Talleyrand, qui m’a fait sourire. Au moment de sa mort, il «crut devoir aux conventions humaines un dernier mensonge» et résolut de se réconcilier avec l’Église! Il fit donc venir un prêtre n’appartenant ni à l’ancienne école anglicane, qui eût risqué de lui demander de faire pénitence pour ses péchés (je résume!), ni à la nouvelle école, qui lui eût forcément inspiré une forme d’antipathie. Il reçut donc un prêtre mondain, lettré et peu théologien! Voici donc comment monsieur de Talleyrand est demeuré fidèle à lui-même jusqu’à sa mort – au moins sera-t-il resté fidèle à quelque chose… Le plus amusant est qu’il reçut tout de même les sacrements de l’Église!

Certes, avec le recul, les frasques de monsieur de Talleyrand peuvent prêter à sourire. Mais je songe souvent que la France n’a plus d’hommes compétents et intelligents pour la gouverner, et c’est vraiment dommage!

Bien respectueusement,

Daphné


Bonjour!

Un court mot suite à votre commentaire sur ma réponse.
 
Talleyrand fut donc son plus fidèle serviteur, son propre maître toute sa vie. Il est le seul en qui il est resté fidèle, lui qui a toujours trahi tout le monde!
 
Bien à vous!
 
Napoléon