Sauvegarder votre mémoire |
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| Votre Majesté, À l'heure où je vous envoie ces quelques lignes, nous sommes au XXIème siècle, en 2002 exactement. Qui suis-je? Je suis peu, Sire, je rêvais d'un destin grandiose sous votre Empire, la vie en a décidé tout autrement. Je vous ai longuement imaginé, chevauchant vos belles montures, fier, conquérant, visionnaire, parmi les boulets, la mitraille, les morts que vous déploriez tant. Je vous ai imaginé sur votre trône, recevant les honneurs dûs à votre rang, dans vos nombreux cabinets de travail, aux Tuileries ou, plus sommairement, en campagnes, dictant vos ordres, écrivant vos lettres à vos bien-aimés. Je vous ai idolâtré à Rivoli, à Aboukir, à Austerlitz, à Friedland, mais j'ai aussi partagé votre peine à Essling, quand vous avez perdu votre grand Maréchal, le Duc de Montebello. Je vous voyais partout durant l'héroïque campagne de France, luttant tel le plus grand stratège, avec une énorme infériorité numérique. Je vous ai aussi vu plus tremblant quelques années auparavant, un certain 18 Brumaire. Plus conquérant, lors de la mise en application de votre fabuleux Code Civil, ou de votre belle Banque de France. Contrairement à vos doutes sur votre attitude et celle de vos armées à Waterloo, je puis vous rassurer, l'histoire sait que vous fûtes admirable. Après la chute de votre neveu, l'Empereur Napoléon III, les écoles de la République ont colporté de fausses choses à votre encontre, ces infâmes personnages ont sali votre mémoire, Sire. Mais de plus en plus de gens cherchent à faire éclater au plus grand jour, votre talent et l'immensité de votre oeuvre bienfaitrice pour votre chère France. J'en suis, loin de moi l'idée de m'en glorifier, ce n'est que justice que je vous rends. Nous parlons de vous, de vos batailles, de votre politique. Le monde a tant changé, Sire, que vous nous manquez énormément. Ce monde que je vis, comment le percevez-vous? Notre belle France, recevant des directives du Conseil européen, cela doit vous attrister. Je vous souhaite toute la paix et le bonheur possible, et puis vous assurer que nous ne vous oublions pas, et que vous ne serez jamais oublié. Prenez grand soin de vous. Benjamin, qui aurait tant voulu vous connaître... |
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| Mon cher Benjamin, Je ne sais si c'est une nouvelle mode ou une folie, mais vous êtes le deuxième à me parler de l'année 2002 comme étant celle de votre présent. Étant sain d'esprit et encore un peu de corps, je m'étonne et m'interroge: comment faites-vous pour dialoguer avec moi, qui suis en 1818, et vous près de 200 ans plus tard? Ou alors un tour de passe-passe de Dumontais? Il n'en est pas à ça près, le bougre. Enfin, passons. Pardonnez ce retard, Lowe m'a mis dans l'embarras en me privant de papier et d'encre, soi disant par souci d'économie... La belle affaire! Ni vous ni moi ne sommes dupes, pas vrai? La liste que vous avez déroulée devant moi m'a fait chaud au coeur: moi qui me croyais honni, me voilà rassuré! Pour ce qui est des sots qui me calomnient, ne vous en faites pas trop: j'ai l'habitude, les caricaturistes anglais(surtout) ne m'ont pas donné la part belle! Pour un imbécile qui prétende que je marche à quatre pattes et que je suis couvert de poils, il y en a 1000 pour le croire. Ce sont les risques du métier, dirais-je. J'ai la couenne dure. Au plus ils frappent, au plus elle durcit. En supposant que ce que vous dites soit vrai et que vous viviez en 2002, ce que je voudrais tout de même que l'on m'explique, dites-vous bien qu'il est impossible que vous ne bénéficiez d'au moins un bienfait de mon administration. Ils ne pourront tout effacer, j'ai trop fait. Même le plus retors de mes adversaires ne peut me taxer d'élucubrations en ce domaine. Vous vivez donc un peu de moi, ce qui déjà, me comble d'aise. D'autre part, je suis persuadé que des vôtres ont pris part à la gloire de l'Empire, à sa naissance, sa grandeur et... sa chute. Si ce n'est en tant qu'acteurs, c'est certes en tant que spectateurs. Non croyez-moi, Benjamin, tant que vous penserez à moi, je vivrai. C'est ainsi que je conçois l'immortalité. Un homme n'est grand que par les oeuvres qu'il laisse derrière lui. Je pense avoir été plutôt prodigue, de ce côté là. Quant à une France assujettie à l'Europe, elle ne peut marcher. Les Français sont trop farouches pour qu'on les encarcane. Ou alors, ils auront beaucoup changé. Cela me fait frémir. Je désire que vous continuiez à m'écrire, Benjamin. Votre conversation me plaît malgré ce doute persistant concernant votre époque. Je tâcherai d'éclaircir ce point. Je vous souhaite de passer une bien belle journée et de garder votre confiance envers les Français. Si tous ne le méritent pas, la vaste majorité fait d'eux un peuple admirable. Napoléon |