Sainte-Hélène, la fin? |
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| Très cher Empereur, Vous voici donc retenu, sur cet infâme cailloux, perdu au milieu de l'Atlantique, par ces non moins infâmes royalistes anglais. «Sûreté du monde» appellent-ils cette captivité... alors qu'eux-mêmes ont tant guerroyé afin de vous faire tomber. Ils y sont parvenus. Mais à quel prix? Votre vision supérieure des hommes ainsi que votre maîtrise des événements vous ont permis de tenir tête à ces coalitions. Justement, votre vision, toujours en avance sur celle des autres, me pousse à croire que vous ne pouvez accepter la présente situation sans y apporter une réponse honorable. Auriez-vous une vélléité de départ? Une volonté de sortir vivant de ce «guêpier»? À cet égard, votre ami d'enfance, M. Capriani, au moment où vous lisez cette lettre, est-il toujours vivant à vos côtés? Avez-vous terminé de dicter «Le mémorial» et l'avez-vous déjà renvoyé à Las Case? Il paraîtrait que des Français venus du Brésil pour vous libérer seraient en route? L'opération a-t-elle déjà eu lieu? N'y seriez vous pas opposé? Et si oui pour quelle raison? On dit le Québec paisible. Ne vous attirerait-il pas? Tant de questions me viennent à l'esprit, que seul le silence vient troubler. Vous pouvez cependant me répondre en toute liberté, car l'ennemi n'interceptera pas vos écrits, tant notre moyen de dialogue échappe à ces brutes. Soyez sûr qu'en ces temps troublés, votre personnalité ainsi que votre oeuvre restent un repère et un ancrage solide dans la tête et le coeur des Français. Respectueusement. J-Ph Ollion |