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Bonjour,
Pouvez-vous me raconter votre détention sur l’île de
Sainte-Hélène, vos occupations, le climat –on le dit
très humide–, votre cohabitation avec les rats... On dit que
votre maison de Longwood en était pleine. J’ai appris que vous
aviez eu une fille et j’aimerais savoir si c’est vrai –je veux dire,
bien sûr, pendant votre exil là-bas.
Merci de vos réponses. Dans l’attente de vous lire.
À Tesslou
Bonjour!
Ma détention sur cette île du diable fut une
épreuve des plus difficiles à passer. Outre le climat venteux et un logement
restreint (cinq pièces), je suis constamment surveillé. Il y a des rats et de la
vermine dans tous les coins, et tout l'arsenic de Montholon ne suffit pas à les
exterminer. Il y a tout un bataillon de soldats en garde et des navires font le
tour de l'île jour et nuit. Comme mes promenades ne sont autorisées que sous
escorte, je n'y vais plus. Je cultive des fleurs et élève des abeilles dans un
jardin que j'ai aménagé. Je dicte mes mémoires à mes compagnons d'exil, je joue
aux cartes, aux échecs, au billard; nous écoutons les femmes nous jouer du
piano. Parfois je reçois des visiteurs, d'autre fois je suis trop malade pour
faire quoi que ce soit.
J'ai eu des maîtresses ici, et je ne
m'étonnerais pas que l'un des enfants nés ici soit de moi, mais comment en être
sûr?
J'espère avoir répondu à vos interrogations.
Bien à
vous,
Napoléon
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