| |
|
Sire,
Pour commencer cette missive je tiens à vous faire part de mon admiration à
votre égard. Grâce à vous la France s'est élevée aux dessus des autres pays et a
pu obtenir ce qui lui a toujours manqué: un monarque ayant obtenu le droit de
gouverner par mérite et non pas par naissance. Grâce à vous l'Angleterre qui se
croyait maîtresse du monde a perdu de sa superbe. Sachez que même si elle vous a
enlevé votre trône elle ne vous enleverra jamais du coeur des Français.
Mais vous vous douterez certainement que ce n'est pas la seule raison de ma
lettre. Si je vous écrit c'est tout d'abord pour espérér pouvoir obtenir des
réponses à certaines de mes questions. J'ai eu l'honneur de vous apercevoir à
plusieurs reprises à Paris lors de vos retours triomphants mais je n'ai jamais
eu l'immense joie de pouvoir converser avec votre Majesté. J'espère que mes
questions ne vous importuneront pas.
Mon premier sujet concerne Joséphine. Il m'est arrivé plusieurs fois de me poser
une question qui vous paraîtera peut être assez osée de ma part mais que je me
permet tout de même de vous poser. Si elle vous avez donné un héritier, que vous
deviez avoir pour assurer votre succession, l'auriez-vous répudiez pour épouser
Marie-Louise (pour raison d'état) où auriez-vous continué à mener votre bataille
( car je sais que votre famille ne l'estimait pas) pour la garder auprès de vous?
Mon deuxième sujet concerne un homme que j'estime énormément et que j'admire
autant que votre Majesté. Il s'agit du marquis Armand de Caulaincourt.
J'aimerais savoir pour quelle raison avez-vous décidé de l'envoyer en ambassade
à Saint-Petersbourg auprès du tsar Alexandre? Pour quelle raison ne l'avez-vous
pas fait revenir après l'entrevue d'Erfurt où les rapport entre vous et le tsar
se sont ternis? Et enfin j'aimerais connaître votre avis sur lui (sur sa
fidelité, et sur le rôle qu'il a joué auprès de vous)?
Je vous remercie d'avance pour vos réponses que j'attendrai avec impatience et
je vous prie d'agréer mes plus humbles salutations.
Votre dévouée
Comtesse Christine de Canisy
À Madame la Comtesse Christine de Canisy, Bonjour!
Vos questions sont bien singulières, mais je n'y vois rien d'offensant pour ma
belle créole. Si Joséphine m'avait donné un fils, je l'aurais gardée avec moi
jusqu'à la mort. Un amour infiniment plus grand que tout ce que vous pouvez
imaginer régnait entre nous, un amour assez grand pour comprendre la décision
politique de la répudiation, du divorce pris d'un commun accord dans l'intérêt
de la France. On me raconte qu'elle dit, en voyant le roi de Rome, à quel point
sa naissance lui avait coûté en malheur. Nous restâmes bons amis du reste après
le divorce, et nous échangeâmes une correspondance jusqu'à la toute fin, venue
trop vite d'ailleurs.
En ce qui a trait à Caulaincourt, je ne suis pas sans surprise que vous me
posiez cette question, puisque mon grand écuyer est de votre famille, ayant
épousé Adrienne de Canisy. Je puis vous assurer que je le tiens dans la plus
grande estime. Lors de la création d'une nouvelle noblesse d'Empire, j'ai pensé
à lui. Ses compétences et son caractère vieille noblesse en font le parfait
ambassadeur. Il avait déjà été en Russie sous le Consulat. Il s'était lié
d'amitié avec le Tsar et sa famille. Dès lors, qui mieux que lui pour aller en
ambassade à Saint-Pétersbourg après Tilsit! Ses bonnes relations envers la
famille du Tsar en font le meilleur contact en Russie. Même après Erfurt, il sut
garder le respect du Tsar, malgré la cour impériale russe.
J'espère rendre justice à cet homme digne et fidèle, je lui garde les précieux
souvenirs de sa présence à presque tous les moments-clés de l'Empire.
Bien à vous, avec tout mon respect,
Napoléon
|