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Gerard.Lison+RVPONP.FGOV.BE |
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Quelques questions naïves |
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Cher Empereur Napoléon 1er, Sire, Est-il vrai que ce serait sur votre impulsion que les recherches pour extraire le sucre des betteraves sucrières fut lancée, ceci pour contourner les effets du blocus imposé par les Anglais sur le sucre de canne? Est-il vrai que vous avez peur des chats et qu'a Waterloo, les Anglais auraient dispersé des chats aux alentours de votre cantonnement pour vous faire perdre votre concentration et votre contenance et vous faire échouer dans votre commandement? Est-il vrai que les Corses vous détestent au point d'avoir jeté votre buste à la mer quand ils ont appris votre défaite finale? Je vous remercie d'avance, Votre Majesté, pour vos réponses.
Bonjour Mme Girard, C'est un grand plaisir pour moi de vous répondre. Je constate que vos informations sur moi sont soit partielles, soit faussement associées! Il n'est pas si grave de commettre certains impairs dans ce roman qu'est ma vie! Il est vrai que j'ai ordonné des recherches sur le sucre des betteraves sucrières pour pallier le manque de sucre, mais je n'avais pas besoin de le faire puisque nous avions tout de même nos contacts avec les Antilles, notamment avec la famille de l'Impératrice. Par ailleurs, j'ai effectivement la haine des chats! Je ne peux supporter ces félins! Cependant, je n'en ai pas vus plus à Waterloo qu'ailleurs, je n'ai vu que la défaite de mes meilleures troupes, et la chose qui m'a le plus dérouté dans ma concentration, outre l'absence de Grouchy, ce sont les inconforts dus à la maladie plutôt que la faune environnante. En ce qui concerne la Corse, les régions à travers tout l'empire ont illustré des réactions semblables, à la fin d'un régime. Quand la bourgeoisie ne gagne plus autant qu'avant par ses rentes, ce genre de réaction est prévisible. Pourtant, je crois savoir que les Corses de votre époque s'enorgueillissent de m'avoir comme compatriote! Ne confondez pas un acte isolé d'une ville avec l'opinion entière d'un peuple. Ils sont rarement représentatifs de la réalité. Cependant, ils illustrent que je ne faisais pas toujours l'unanimité. Cependant, la Corse a de tout temps rêvé d'avoir une certaine autonomie face à la France et à la république de Gênes auparavant. Ce que vous me dites en est peut-être aussi la cause, autant que le mécontentement à mon égard. J'espère que ces réponses vous seront utiles. Bien à vous! Napoléon 1er
Sire, C'est un grand honneur pour moi de recevoir une réponse de Votre Majesté. Pour ce qui est du sucre, je ne sais si vous en avez été informé, mais c'est de la betterave sucrière que celui-ci est extrait et utilisé à mon époque dans une bonne partie du monde occidental, et c'est un peu grâce à vous si ce produit est devenu bon marché et donc facilement accessible aux plus démunis. Je pense à vous chaque fois que je mets un carré de sucre dans mon café (Vive l'Empereur!). Pour l'anecdote des chats, c'est ce qu'affirmait mon professeur d'histoire qui était un peu farceur. Pour Grouchy, son intervention aurait-elle vraiment pu changer le cours de la bataille? L'ennemi était largement supérieur en nombre et particulièrement déterminé, les troupes de Grouchy étaient peu nombreuses et lui-même avait reçu des positions à tenir sur votre ordre avec l'interdiction d'en déserter sans un autre ordre formel de votre part, qui n'arriva que trop tard et qui, plus est, était illisible. Grouchy aurait lu «la bataille est gagnée» là où il aurait fallu lire «la bataille est engagée» et le messager était trop ivre pour que l'on puisse obtenir de lui une quelconque confirmation du message que vous lui auriez fait parvenir. Enfin, Grouchy n'était pas un lâche puisqu'il réussit à ramener ses troupes indemnes en France. Je remercie humblement votre Majesté de sa réponse. G. Lison
Bonjour G. Lison, Bien sûr que non, Grouchy n'est pas un lâche! Il est général pardi! et un bon en plus! Mais il n'a pas su avoir l'esprit de décision qui aurait pu faire basculer la balance. Comment songer que «la bataille est gagnée» alors qu'il entendait les canons tirer à tout rompre? Ses troupes, même peu nombreuses, auraient fait la différence. J'ai gagné des batailles face à des ennemis en plus grand nombre et aussi déterminés que les troupes de Wellington. La bataille, je le crois, aurait tourné à mon avantage avec un peu d'aide, et j'aurais pu faire face aux Prussiens une fois l'Anglais renversé, car Blücher aurait-il alors attaqué sans son allié anglais? Qui sait? Je ne peux pas reprocher à Grouchy d'être responsable de la défaite, ce serait trop injuste. Une défaite ne dépend pas que de petits détails, mais la victoire elle, oui. Au plaisir! Napoléon
Sire, Seul Dieu pourrait nous dire comment l'ordre des choses aurait évolué si vous aviez vaincu à Waterloo. Peut-être les Prussiens et les Anglais vous auraient-ils laissé en paix et peut-être qu'une Europe unifiée n'aurait jamais connu les événements funestes qui suivront votre règne (guerres mondiales, entre autres). Je n'insulterai pas cependant votre intelligence stratégique en vous faisant remarquer que, même en cas de défaite à Waterloo, les Britanniques auraient attaqué encore et ailleurs et avec de nouveaux effectifs et que le peuple français, assez versatile depuis 1789, n'était guère jusqu'au-boutiste. Je ne suis guère stratège et encore moins politologue, mais vos ennemis voulaient en finir; et si on peut tout faire avec une baïonnette, on ne peut pas s'asseoir dessus. Pour ce qui est de la bataille, Grouchy n'avait pas à avoir l'esprit de décision, car c'est à vous de l'avoir pour lui: c'est vous Majesté qui êtes le stratège et le commandant. Grouchy est un soldat qui doit se soumettre aux ordres et tenir sa position comme doit le faire tout soldat, sinon il est un déserteur et un traître, et qui termine devant le peloton d'exécution. La hiérarchie pyramidale du commandement fait qu'il ne pouvait prendre d'initiatives personnelles et qu'il était d'ailleurs surveillé et même dans cette éventualité, il aurait dû rendre des comptes à la cour martiale et présenter des preuves de la justesse de son action; un ordre reste un ordre, et il faut s'y conformer. Le maréchal Ney ne l'a compris que trop tard. L'armée n'est pas une démocratie directe, mais un corps qui doit se soumettre à son «cerveau», c'est-à-dire votre volonté. Mais, comme vous avez la fierté de l'admettre, Majesté, nul ne peut être tenu responsable de la volonté du destin et certainement pas un simple général. Quant à Blücher, il est certain qu'il était d'une brutalité toute germanique et ce n'est pas un allié anglais qui l'aurait empêché d'attaquer. Ce n'est d'ailleurs ni aux Prussiens ni aux Russes que vous vous êtes rendu quand la défaite fut consommée, mais aux Anglais, car les Prussiens vous auraient sans nul doute fait subir un sort plus expéditif que l'exil. Bien à vous, G. Lison
Bonjour! Je respecte votre opinion, vous parlez avec une science qui ne peut pas être ignorée. Au risque de vous contredire, il a été fort profitable pour plusieurs moments clé de ma carrière militaire que certains de mes soldats soient plus pro-actif sur le champ de bataille, où tant de situations sont sujettes à changements de dernière seconde. Tel Murat poursuivant les Autrichiens suite à la prise d'Elchingen, tel Desaix à Marengo. Je me plais à m'imaginer la fin de l'armée anglaise à Waterloo, mais il n'en est rien, comme nous nous trouvons ici dans le domaine de l'imaginaire, vous pardonnerez à un empereur malheureux de s'imaginer le meilleur des scénarios! Au plaisir très cher. Dieu vous ait en sa bonne garde!
Sire, Je vous remercie de votre patience avec moi. Je ne doute point de la compétence de vos généraux, mais ce sont des exécutants et non des stratèges. Il est vrai qu'une Europe unifiée autour de la France et vous comme dirigeant éclairé aurait connu un destin tout à fait différent de ce qu'elle a vécu après votre départ du pouvoir (maudits Prussiens!). Moins de révolutions, peut-être plus de stabilité, enfin qui sait? VIVE L'EMPEREUR! G. Lison
Ah! Vous y rêvez aussi aux États-Unis d'Europe! Quelle grande et unique nation aurions-nous fait. Toutes ces cultures, toutes ces langues. Nous aurions été l'apothéose de la culture occidentale. Tout aurait été possible, pour tous, sans discrimination. Comme l'air est froid ce soir à Longwood. Je me sens incomplet, comme si mon grand destin n'était pas accompli. Comme elle me manque cette France que j'ai tant aimée! Bien à vous, Napoléon
Sire, Je vous remercie pour votre réponse. Oui, Longwood doit être froid et déprimant. Je ne suis pas persuadé que des États-Unis d'Europe auraient eu meilleure figure que ceux des U.S.A. avec ce que cela comprend comme violence, déculturisation, ghettoïsation etc... Je pense cependant qu'une France forte et une Prusse amoindrie auraient été meilleures pour le bonheur des Européens, les Français étant moins barbares que les Prussiens; les idées de la République étant de toute façon plus généreuses. Et à mon époque, nous ne vivrions sans doute pas sous l'influence américaine et l'Europe ne serait pas considérée comme une simple alliance économique vide d'idéaux. Je ne dis pas ça par chauvinisme car je suis Belge. Bien à Vous, G. Lison
Bonjour G. Lison! Alors ça! Vous dites: «Et à mon époque, nous ne vivrions sans doute pas sous l'influence américaine et l'Europe ne serait pas considérée comme une simple alliance économique vide d'idéaux.» Où sont donc passées la culture et la force morale européennes? Je suis persuadé que l'arbre est encore vert. Allons mon ami, avouez que vous devez avoir l'opinion un peu dure! Je ne peux que vous supporter sur vos idées républicaines, ces idées auraient dû prédominer en Europe. Par extension, la Prusse républicaine aurait pu faire de très grandes choses, imaginez comment ce peuple fier aurait pu changer le paysage de l'Empire européen! Malheureusement, cela n'a pas eu lieu de cette manière. Grâce à son allié anglais, la Prusse fait partie des vainqueurs de Waterloo. Elle entre ainsi dans l'histoire, mais à mes dépens. Ah! si seulement les choses avaient tourné autrement! Bien à vous! Napoléon
Sire, Je vous remercie de votre réponse et de votre vision optimiste de l'Europe. Je ne voudrais nullement critiquer les idéaux de liberté de la République, ni mettre en doute les qualités françaises et européennes mais votre départ du pouvoir n'a guère assuré à la France et encore moins à l'Europe, la paix et la stabilité. En 1870, 1914, 1939, pour ne citer que ces dates, la Prusse et l'Allemagne mettront le monde à feu et à sang, au point que les pertes humaines des guerres napoléoniennes passeront pour une plaisanterie et discréditeront à jamais l'Allemagne. Par la suite la Russie et l'Amérique scinderont l'Europe en deux camps antagoniste pour des décennies et à mon époque, nous les Européens, avons perdu nos empires coloniaux, au profit de «dictatures bananières» et notre puissance économique au profit des Américains et des «Dragons économiques asiatiques». Notre puissance militaire est confisquée par l'Otan, dirigée par le commandement américain. Bref nous sommes les larbins des USA et nos dirigeants de pitoyables marionnettes qui brassent du vent pour donner l'illusion d'une certaine influence, en attendant de voir ce que l'Amérique va dire. Les Anglais vous ont vaincu, certes, mais après ils auront beaucoup de difficultés avec leurs amis prussiens et puis, ils avaient leur propre Commonwealth à bâtir. Bien à vous G. Lison
À G Lison, Eh bien si l'Angleterre va perdre de son prestige avec ses alliés prussiens, voilà une nouvelle qui adoucit mes peines! Dites-moi donc si vous vous considérez en votre siècle, l'égal, supérieur ou inférieur à l'Angleterre? En ce qui a trait à vos déclarations sur les affres de la Prusse et de l'Allemagne du XIXème et XXème siècle, je suis en fait déçu de la tournure d'un peuple qui a connu aussi de grandes époques. Ce qui m'est encore plus dur à supporter c'est que vous me dépeigniez un profil négatif et que certaines gens de votre époque me questionnent et me comparent au chef du gouvernement de ce pays. Dois-je en conclure que j'ai la même réputation? J'en serais fort déçu, car cela donnerait raison aux Anglais, ce serait me dire qu'ils ont eu la victoire dans l'Histoire. Quant aux Américains de votre temps, il semblerait que l'Europe se soit pliée à tous leurs caprices, votre dernière missive les dépeint de façon peu flatteuse; ne sont-ils plus le symbole de la liberté et des Révolutions de jadis? Leur République aurait-elle oublié ses principes? Cela est regrettable, eux qui ont montré l'exemple en vainquant les Anglais oppresseurs en 1780, les voilà, selon vos dires, devenus le monstre qu'ils ont combattu! Triste regard en réalité! Moi qui ai déjà pensé à m'installer en Amérique avec mon frère Joseph! Peut-être les choses auraient-elles été différentes! Gloire à tous ceux qui se souviennent des grandes heures d'Autrefois! Bien à vous! Napoléon
Majesté, Le citoyen européen, au XXe siècle, n'a que peu d'illusions sur le prestige de son pays noyé dans diverses organisations internationales et incapable de faire respecter sa propre souveraineté; sa défense est confiée à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord soumis aux Américains (USA), son économie à l'Union européenne, sa politique au parlement européen, etc. Un Belge ou un Français ne peuvent donc pas faire grand-chose, sinon participer de temps à autre à une élection entre des candidats préchoisis aussi médiocres les uns que les autres et corrompus, ou à des référendums qui, s'ils ne donnent pas satisfaction, sont recommencés jusqu'à avaliser les décisions déjà prises par les organisations internationales. La liberté de choisir est subordonnée à l'unification européenne, c.-à-d. l'uniformisation européenne à tout va, les lois régionales sont prises pour aligner la législation sur l'européenne et ainsi satisfaire un monstre politique sans visage et dont nul ne semble trouver bénéfice ni comprendre l'intérêt. C'est l'Europe par-ci, l'Europe par-là, et au final RIEN! Rien sinon des sottises comme «l'heure d'été» (une foutaise dont on se sait plus comment se débarrasser) ou le nombre de petits pois dans les boîtes de conserve. Pour ce qui est de l'Angleterre, le citoyen britannique résiste tant qu'il peut encore et toujours à cette uniformisation européenne, mais ce n'est qu'une question de temps avant d'être phagocyté comme les autres. Pour ce qui est des Américains, ils ont certes fait leur révolution, mais c'était surtout pour chasser les Britanniques et s'affranchir de la Couronne britannique plutôt que de créer un pays d'égalité, de fraternité et de liberté. À l'heure où je vous écris, ce sont des gros groupes d'intérêts financiers, les multinationales comme EXXON ou d'autres qui par lobbying (pressions économiques) dictent au gouvernement ce qu'il doit faire et contrôlent indirectement l'opinion publique américaine abrutie par des décennies de paternalisme d'entreprise et de contrôle médiatique. Qu'en Irak le pétrole soit pompé par ESSO, une compagnie rivale de EXXON, et les USA déclarent la guerre à ce pays pour soi-disant remplacer le soi-disant dictateur qui le dirige par un autre dictateur favorable à EXXON . Qu'en France, le législateur tente de faire voter une loi de délit de manipulation mentale pour lutter contre les dérives sectaires des sectes américaines implantées sur son sol (suicides collectifs), et la loi se fait «enterrer» sous prétexte que la secrétaire d'État américaine a reçu des plaintes des gourous (très riches donc influents) de ces sectes qui exigent le respect de leur liberté religieuse en France et que ladite secrétaire d'État s'en est plainte au gouv. français. Qu'aux USA, un magnat du spectacle de divertissement (Walt Disney inc.) décide d'implanter un parc de loisirs sur le sol français, et des petits propriétaires privés sont expropriés PAR l'ÉTAT FRANÇAIS pour permettre à ce magnat d'installer à moindre prix son parc de loisirs où bon lui semble... Et je ne dénonce là que les exemples les plus flagrants.... Enfin, sans vouloir vous démoraliser, si l'on vous compare parfois à certains grands dirigeants du vingtième siècle, c'est parce qu'à notre époque, il est plus simple de se choisir des références simples et évidentes (l'homme du XXe siècle est assez limité) plutôt que de chercher plus loin. Amicalement, G Lison |