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De: Louis XVI
Voilà plusieurs fois, Monsieur, que les correspondants de
Dialogus piquent ma curiosité à votre sujet. S'il m'est permis ici de vous
écrire, je ne suis toutefois que fort peu renseigné et il vous faudra pardonner
mon ignorance. On me dit que vous êtes parvenu à mettre fin à la Révolution. Je
ne sais au juste de quelle manière mais je ne puis que vous en féliciter et les
Français vous en sont très probablement reconnaissants. Mais l'on me dit aussi
que vous vous seriez fait empereur! C'est là une singularité que je ne
m'explique point. D'autant que, me semble-t-il, votre situation n'est, en votre
temps, guère plus enviable que la mienne à présent. Puisque nous en sommes donc
tous deux réduits à tromper l'ennui, peut-être pourrions-nous entretenir un
temps une correspondance.
À la Tour du Temple, le huit janvier
1793
Louis
J'ai bien reçu votre lettre,
Il est curieux que j'aie vu l'attaque des
Tuileries de l'appartement de Bourrienne, et que je puisse vous en parler
aujourd'hui, bien que selon mon point de vue, vous ayez cessé d'être!
Votre Majesté n'est pas étrangère à la folie que la liberté peut amener
à la population. Souvenez-vous des gardes suisses attaqués, mutilés... La
terreur du gouvernement de Robespierre est allée trop loin dans le resserrement
des droits, alors que le Directoire qui l'a suivie, lui, était corrompu au point
de mener la France au bord du gouffre. Donc le sabre à l'avant, j'ai fait
comprendre aux Français qu'ils avaient maintenant un chef. Je suis devenu
empereur pour empêcher le retour à la monarchie du passé (ce qui plaisait aux
Jacobins) et instaurer un nouveau pouvoir absolu, mais sous une nouvelle forme
(ce qui a plu aux Royalistes).
Comme vous j'épousai une Autrichienne en
secondes noces, elles sont douces, naïves et fraîches comme des roses! Par ce
mariage avec Marie-Louise, je suis devenu votre neveu par alliance; voyez,
Sire, comme nous sommes plus proches déjà que vous le soupçonniez.
Bien
à vous!
Napoléon 1er
Empereur des Français, Roi
d'Italie,
présentement en exil sur Sainte-Hélène
Vous voulez dire que vous vous êtes allié aux Habsbourg! Malheureux que vous
êtes, j'espère que vous y étiez contraint! Mais puisque vous semblez y trouver
du contentement, je ne puis que vous souhaiter que cela dure.
Louis
Mon bon Louis XVI
Voilà bientôt cinq ans que je suis maintenu prisonnier
à des milliers de lieues de «mon» autrichienne, qui vit à Parme, alors que mon
fils est élevé à Vienne. Ce fils qui m'a rendu heureux et qu'aujourd'hui on
m'enlève. Je garde pourtant les meilleurs sentiments pour ma bonne Marie-Louise.
Bien à vous
Napoléon
Je suis bien placé pour compatir à votre situation. Je ne sais si je suis plus
chanceux d'avoir mon fils près de moi puisque l'on m'en prive néanmoins.
L'avenir du vôtre est probablement plus assuré à Vienne, cette pensée devrait
vous réconforter. Je vous souhaite de pouvoir le revoir bientôt, ainsi que votre
femme.
Louis
Sans trop m'avancer sur votre destin, je peux vous dire que votre fille portera
jusqu'à sa mort les «couleurs» de votre majesté.
Napoléon
Ce que vous me dites de ma fille ne m'étonne nullement. Nous avons toujours été
très proches et elle fait ma fierté. Elle sera certainement ma meilleure défense
devant la postérité. Je voudrais tant la savoir heureuse.
Louis
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