Piètre éducation
       
       
         
         

pguil@club-internet.fr

      Monsieur l'«Empereur» (je n'arrive pas à utiliser de formule plus révérentieuse),

Pensez-vous vraiment avoir eu l'éducation et l'intelligence appropriées pour exercer une telle fonction et en tout cas le niveau nécessaire pour réussir vos ambitieux projets? Personnellement, j'en doute fort. On a dit que vous étiez bon en maths. Ceci était sans doute très relatif car pris dans le contexte de l'école élémentaire (et militaire...) de Brienne... Il est aussi reconnu que vous n'aviez qu'une connaissance approximative de la langue française... Ca devait faire mauvais effet dans les hautes sphères et à l'étranger j'imagine et d'autre part il devait être très frustrant pour les érudits français de l'époque, d'etre gouvernés par un «immigré» à peu près illettré et qui se faisait passer pour le père de projets aussi puissants que le code civil, que vous auriez été bien incapable de concevoir, n'ayant aucune connaissance juridique et une connaissance insuffisante de la langue pour le mettre en forme. Je suis sidérée de voir que le mythe du code Napoléon continue de faire illusion en 2003... Avec vous, tout était insuffisant dès le départ. Il a été admis par tout le monde, vous y compris, que votre prestation du 18 brumaire devant les anciens fut un modèle de médiocrité. Il est clair que votre ascension ne tenait qu'à un hasard favorisé par l'état de délabrement des institutions de l'époque et que n'importe quel opportuniste, même médiocre aurait pu faire l'affaire en tant que César de circonstance. Je n'ai pas à juger l'histoire. Elle est écrite et il n'y a pas à y revenir. Mais je n'aimerais pas vivre une époque comme celle que vous avez imposée à vos contemporains.

Elaine Guillin

 

       
         

Napoléon Bonaparte

      Madame Guillin,

Je ne devrais même pas répondre à une lettre dont le ton est aussi stupide que méchant, néanmoins, celui-ci ne m'atteint guère tant il m'est familier sur cet îlot et je vais donc quand même répondre à vos paroles pleines de fiel.

Vous m'interrogez sur mes capacités à exercer dans les plus hautes sphères du pouvoir, sur mon éducation que ma chère mère m'a donnée, selon vous je n'aurais été qu'un enfant illettré, fort peu doué pour les mathématiques. Je suis arrivé en France en 1779, je n'avais pas 10 ans, je ne parlais pas cette belle langue qu'est le français, était-ce là un crime? Parleriez-vous avec aisance le Polonais pour votre premier séjour en Pologne? Sachez en outre que mon français bien que teinté d'un certain accent n'est allé qu'en s'améliorant, je ne vois là que du mérite!

Durant tout mon séjour à l'école militaire de Brienne j'ai souffert les pires sarcasmes de jeunes nobles bien élevés à la mode de l'intolérance, mais je me suis battu et j'ai toujours gardé la tête haute. Connaissez-vous la science des mathématique? Connaissez-vous également son degré d'application dans l'arme savante qu'est l'artillerie? Je vous informe que mes notes dans cette matière furent parmi les meilleures et si vous doutez de la qualité de mes professeurs à Brienne, je vous rappelle que je fus admis à l'école royale militaire de Paris, mais sans doute jugez-vous que cette institution dispensait un enseignement médiocre?

Vous osez employer les mots d'illettré, mais il me semble que votre haine vous aveugle, j'ai beaucoup lu durant mes jeunes années (des classiques à Jean-Jacques Rousseau) j'ai également écrit nombre d'essais littéraires qui ne furent pas si mal jugés par les élites de la discipline. Savez-vous ce qu'est le droit chère madame? Le droit est avant tout affaire de logique, de bon sens, nul besoin de grandes connaissances pour édicter des lois et des règlements, ma grande force est d'avoir gouverné le peuple tel qu'il voulait l'être.

Le code civil, oui madame ce code est l'oeuvre de ma vie! Cette oeuvre magistrale est le prolongement et l'achèvement d'ébauches établies par Monsieur de Cambacérès postérieurement au Consulat. J'avais 35 ans quand il fut achevé, soit 25 années de français derrière moi, plus que suffisant pour en maîtriser les subtilités. Il me semble aussi fort utile de vous rappeler que je présidais une séance au conseil d'Etat sur deux, ce qui, pour un illettré est tout de même fort! Vous me parlez de l'année 2003, pardonnez-moi mais nous sommes toujours en 1818 que je sache, à moins que Lowe ne m'ait fait perdre la tête à ce point. Néanmoins je suis bien persuadé que mon code civil vivra encore en 2003 et même au delà.

Je ne suis point un immigré madame, ceci est ignominie et ignorance de votre part! Dois-je vous rappeler que dès 1768, ma chère Corse fut cédée par la République de Gènes à la France? Je suis donc bien Français, mais contrairement à vous Madame, je n'ai aucune haine envers les étrangers!

Selon vous je serai parvenu à la tête de la France uniquement du faits des circonstances, le directoire a bien succédé à la convention dans de grands moments de troubles, qu'a-t-il fait? Oseriez-vous taxer Sieyès et Barras de médiocres? Et pourtant le pays n'a pas retrouvé de belles couleurs pour autant. Quand je me suis adressé au Conseil des 500, je n'avais pas l'expérience des assemblées politiques et je n'avais commandé qu'à des militaires; je pense avoir donc quelques excuses d'avoir pu être maladroit face à des gens qui ont fait leur métier de discourir, mais que je sache, cette journée ne m'a pas si mal réussi en fin de compte . Mon acharnement au travail dès le début du consulat ainsi que ses concrétisations, la Banque de France, le Code civil, la Légion d'honneur, le Conseil d'Etat, la Cour des comptes, le Cadastre, les Préfectures, les Lycées, le Baccalauréat, tout cela ne compte-il pas pour vous? Tout cela je l'ai fait pour la France Madame! Elle est ma seule maîtresse! J'ai débrouillé tous les chaos, lancé de multiples réformes sociales, économiques et juridiques, sur quoi pourrait-on m'attaquer qu'un historien ne puisse me défendre?

Je ne vous salue pas madame.

Napoléon