Où étiez-vous donc passé
       
       
         
         

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      Mon cher Empereur!

Où étais-tu donc passé toutes ces années? L'on te disait mort, mais personnellement, je n'ai jamais voulu y croire: les héros du peuple ne sont-ils pas immortels?

Il faut que tu reviennes! La France a plus que jamais besoin de toi! Nous sommes de plus en plus nombreux à préparer ton retour et nous nous sommes organisés et fédérés, on nous appelle: les «Bonapartistes»!

Sire, je t'ai servi dès les Campagnes d'Égypte et d'Italie où j'étais dans tes Guides, puis tu fis de moi un des Chasseurs à Cheval de ta garde! Avec toi, j'ai connu la grandeur et la gloire, mais depuis le retour des tyrans, je suis traité comme un moins que rien! C'est avec horreur que je vois notre pays sombrer dans la décadence et cracher sur nos trois couleurs jadis tant chéries! Et si tu savais toutes les ignominies que ces jean-foutres peuvent baver sur ta divine personne, tu les refoulerais jusqu'au fin fond des enfers à coup de Gribeauval!

Alors pour tout cela Majesté, je t'en supplie, reviens-nous! Je donnerais mon sang pour toi comme autrefois, nous chevaucherons de nouveau à tes côtés sur toutes les routes d'Europe et repousserons à nouveau les limites de l'honneur et de la gloire!

Hypolite Thomas, capitaine dans les Chasseurs à Cheval de la Garde Impériale

 

       
         

Napoléon Bonaparte

      Foutre Dieu!

Hypolite! Toi! Tu ne m'as pas oublié, canaille! Si je m'étais attendu à cela, mon ami! Tu sais que je ne reçois plus de correspondances des anciens, de mes braves, les seuls et uniques qui me soient source de joie? Enfin, presque plus... Ce diable de Dumontais a une formule bien à lui pour passer les courriers au nez et à la barbe de l'Anglais!

Je mentirais en te disant que je me la coule douce, mon ami. Si tu savais ce que ce Lowe est sournois! Pas le moindre répit. Je ne reçois même pas de nouvelles de Louise, non plus que de mon fils. Pis que la mort, on m'ostracise, on me dénie toute dignité... Ce sont des barbares, Thomas. D'horribles sangsues qui chaque jour me font endurer mille vexations uniquement pour m'avilir. On m'empêche de voir mes gens! On m'insulte, on me traite comme le dernier des derniers. Ils ont même chassé O'Meara, le seul médecin digne de ce nom, le seul qui me témoignât un peu de sympathie.

En vérité, je te l'affirme, mon bon Hypolite: ces gens veulent pis que ma mort, ils foulent au pied mon existence même. Comme si j'étais nul et non avenu! Après tout ce que je leur ai fait voir, moi, Napoléon, je n'ai pas existé!

Tu vois, les beaux souvenirs, vos actes de bravoure, vos élans indicibles, vos gestes héroïques, vos amitiés franches et massives, Hypolite, eh bien cela, ils ne l'effaceront jamais. On peut me tuer, on ne m'outrage pas, ai-je dit avant Elbe, avant la cage dorée.

Eh bien si. Ils m'outragent, mon bon Thomas, Major titulaire du onzième Régiment de Chasseur à Cheval, décoré officier de la Légion d'Honneur le 14 Juillet 1813, 5 ans déjà... Tu vois, je ne t'ai pas oublié. Non plus que ce brave Hercule, tu te rappelles? Le nègre si audacieux, qu'à Arcole j'ai décoré du Sabre d'Honneur... Un nègre! De Cuba! On l'appelait Domingue, tu te souviens? Je le revois caracolant autour de Murat, sabre au clair! Le bon vieux temps, mon bon Thomas.

C'est toujours cela qui m'a manqué, le temps. Tempus fugit, comme disait Siéyès. Je vais arrêter maintenant, je crains d'être bien épuisé, tu mesures le changement...! Tu me réécriras, Hypolite. Parle-moi de toi, de moi, il ne reste plus grand-chose à en dire...

Garde-toi de ces coquins.

Napoléon
         
         

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      Mon cher Empereur,

Quel bonheur de recevoir ta divine réponse et de savoir que tu n'as pas oublié tes fidèles Grognards de la première heure!

Si je me souviens d'Hercule!!! Tu penses bien, je le revois encore, chargeant à mes côtés à la bataille d'Austerlitz! Les Autrichiens étaient tellement effrayés de voir notre colosse nègre, emmitouflé dans sa pelisse rouge qu'ils croyaient voir le Diable en personne!

C'est même lui qui m'a sauvé la vie à la bataille d'Eylau, quand mon pauvre bidet fut abattu par un mauvais coup de biscaïen! (Lui qui me suivait depuis la première campagne d'Italie, j'en fut malade de chagrin). À peine je sentis mon brave «Oscar» s'effondrer, qu'une poigne puissante m'arracha de ma selle, et que je me retrouvai sur le cheval d'Hercule! Il se retourna et me fit un grand sourire, laissant apparaître ses grandes dents toutes blanches! Ah, que de souvenirs!

J'ai été très surpris que tu te rappelles si précisément le jour où tu épinglas sur ma poitrine, la Croix d'officier! Que moi je m'en souvienne, c'est normal, j'avais failli tomber dans les pommes, mais toi qui en a tant distribuées! D'ailleurs, je ne reçus le brevet qu'en 1815, pendant les cent jours (lenteurs administratives) il me fut signé par ce bon Carnot!

Excuse-moi si je me suis présenté comme Capitaine, et non comme Major du 11e Chasseur à Cheval, mais mon coeur est toujours resté dans ta Garde! Ma femme t'embrasse tendrement (pas trop quand même, je pourrais être jaloux), tu te souviens d'elle? Tu nous avais fait l'honneur d'assister à la cérémonie!

J'espère que tu recevras cette lettre, malgré les tracasseries de ce Monsieur Lowe, qui m'a l'air d'être un personnage tout à fait répugnant! J'attends ta réponse avec la plus grande impatience et ne manquerais pas de t'écrire à nouveau!

À très bientôt !

VIVE L'EMPEREUR!!!

Fidèlement, Hypolite Thomas, Capitaine des Chasseurs à Cheval de la Garde Impériale, Major au 11e Régiment de Chasseurs à Cheval!
         
         

Napoléon Bonaparte

      Mon bon Thomas,

Je te dispense de me comparer à Dieu, je ne suis plus l'ombre de moi-même. J'ai passé les derniers jours au lit, cloué par la fièvre. Il me tardait de te répondre et de me remettre à ma correspondance qui depuis peu, va savoir pourquoi, s'accumule sur mon écritoire. Jusqu'à il y a peu, j'ai cru que l'on m'avait tout à fait oublié, plus de lettres non plus que de messages, je me sentais bien seul sur mon plateau battu par les vents!

Bien sûr, il y a bien de ces méchants refaiseurs d'histoire qui m'accablent de tout en persiflant, mais je ne leur en veux point; ils sont hommes et prompts à l'oubli. J'en suis à presqu'excuser Bernadotte et ses virements de veste, c'est te dire... Je dois bien me préparer pour comparaître devant mon Créateur, la rencontre sera rude!

Il n' y a plus grand'monde ici. Les Las Cases s'en sont allés, Gourgault idem. Madame Bertrand ne fréquente plus ma maison et boude en fréquentant Cockburn. Le pauvre Grand-Maréchal en est tout retourné et tente son retour en grâce. Il ne comprend pas que me manquer d'attentions à Longwood m'est infiniment plus sensible qu'à Paris.

Madame de Montholon s'en est également allé avec ses deux filles et son fils, dont ma filleule, la petite Napoléone-Joséphine. Son mari voulait bien l'accompagner, mais j'ai supplié celui-ci de ne point m'abandonner, de rester pour diriger ma maisonnée. De guerre lasse, il est resté en soupirant. Mais je sens bien que Ste-Hélène lui pèse. Il y perd son temps. Je le dédommagerai d'une façon ou d'une autre, il le faut bien.

Lowe est toujours aussi misérable. Il exige maintenant de me voir deux fois par jour. Le scélérat! J'ai fait percer des trous à mes volets et il joue les voyeurs; il est hors de question qu'il me visse dans cet état de mon vivant! Du reste j'en ai pris mon parti: je vais me servir de lui pour redorer mon mythe. Au plus il me persécutera, au plus mon renom grandira. Ainsi il arrivera l'opposé de leur désir; au lieu de m'anéantir, ils contribueront à ma légende. Que serait le Christ sans sa couronne d'épines et ses bourreaux?

Pour te revenir, je ne me souviens point ton épouse, non plus que ton mariage, tu m'en excuseras, la mémoire me joue des tours. Certains points m'échappent, l'autre jour, je ne me rappelais même plus le nom du Roi de Rome, c'est de dire mon délabrement. Je crains que les médications que l'on m'administre ne soient pires que le mal qui m'afflige. Je me souviens de t'avoir vu rire aux éclats avec Rougeot pour je ne sais plus quelle histoire d'internement ou de prisonniers, mais cela devrait me revenir, n'aie crainte, je ne suis point encore sénile! Tu me raconteras ta fédération Bonapartiste, cela m'intéresse fort.

Puisses-tu ne jamais m'oublier,

Napoléon
         
         

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      Mon cher Empereur,

J'espère que ma lettre te parviendra car j'ai dû la faire passer par des voies obscures afin que personne ne la lise à part toi! Excuse-moi si j'ai tardé à te répondre, mais j'ai eu quelques problèmes avec la police de «Louis l'usurpateur»!

Je vais fréquemment voir le Duc de Dalmatie, qui habite à côté de chez moi (il te passe son bonjour et confirme son dévouement à ta personne) et figure-toi que nous avions tous deux des espions sur le dos, pas très discrets d'ailleurs! Quelqu'un a balancé mon organisation bonapartiste et j'ai été enfermé jusqu'à ce que ces messieurs aient fouillé toute ma maison de fond en comble! Heureusement, je n'avais conservé aucun papier compromettant! (mais certains de nos frères ont eu moins de chance que moi!).

Nous avions pour projet d'aller libérer ton fils et de le mettre sur le trône, après, nous aurions armé une flotte pour venir te chercher! Une majorité de l'Armée et du Peuple nous aurait suivis, mais ce n'est que partie remise!

Le combat continue, tiens bon et méfie-toi des fournitures anglaises, car j'ai appris de source sûre que ces derniers voulaient t'empoisonner! Pour l'histoire que tu me dis à propos de Rougeot, je crois que cela remonte à l'époque où nous étions Guides en Égypte! Je venais de charger un bataillon Turc et j'avais trois prisonniers qui n'avaient de cesse de m'appeler «mon Général» tout en pleurant et gesticulant comme des déments, cela nous fit beaucoup rire, surtout que je n'étais alors que simple Guide! Bon, voilà pour les dernières nouvelles du front, au fait, sais-tu qu'ils ont osé fusiller le Prince de la Moscowa??? J'attends de tes nouvelles avec grande impatience et ne manquerai pas de te redonner des miennes!

VIVE L'EMPEREUR!!!

Ton éternellement dévoué Hypolite Thomas, Capitaine des Chasseurs à Cheval de la Garde, Major au 11e Chasseur à Cheval.
         
         
comunica@club-internet.fr       Mon cher Empereur,

Je me permets de t'écrire ce petit mot car je n'ai toujours pas eu de réponse à ma dernière lettre! Aussi, je m'inquiète! Vas-tu bien? J'espère que tu n'es pas encore parti pour les Champs Elysées, ce n'est pas encore le moment, nous avons besoin de toi! Mon billet t'est-il parvenu? Je te supplie de ne pas laisser un de tes plus fidèles Grognards dans l'angoisse et de me dire si tu es toujours de ce monde!

Fidèlement,

Hypolite Thomas, Capitaine des Chasseurs à Cheval de la Garde, Major au 11e Régiment de Chasseurs à Cheval.
         
         

Napoléon Bonaparte

      Mon bon Thomas,

C'est la mort dans l'âme et le coeur gros que je réponds à ta missive, un peu tardivement, il est vrai. Ainsi, ce pauvre Ney y aura passé. Je m'y attendais, pour tout te dire. Combien de mes fidèles auront été exécutés parce qu'ils m'appuyaient! La loi du vainqueur, Hypolite. Malheur aux vaincus! Les virements de veste et de cocarde ne paient guère, mon ami. Et toi? N'es-tu pas inquiété? Masséna a-t-il subi le même sort? Il est dur d'avoir le courage de ses ambitions et de les assumer! Ici, sur ce rocher misérable, je regarde la pluie, la pluie et la pluie. Quelques lieux plus bas, au Sud, le temps est tout à fait clément et le temps presque exotique.

Tu vois, cet endroit a bien été choisi pour me déplaire en tous points. En plus qu'il mine la vie des hommes de ma petite demeure. Jusqu'à Cipriani qui a cassé sa pipe le mois dernier. Les temps sont durs et les Habits Rouges pis encore, Thomas. Autre sujet de désagrément; ce mauvais vin du Cap que l'on me sert, qu'il me faut importer en barrique et que Monsieur de Montholon embouteille à l'avenant.

Cette année il est exécrable au point que personne n'en veut goûter, te dire! Il me semblait que les autres années il n'était point si acide, la saison fut probablement rude en Afrique du Sud. À moins qu'on ne le choisisse que spécifiquement pour moi en fonction de son âcreté; ces gens sont capables de tout! Rien que cette année, en fait depuis le départ de ce sot de Gourgaud, les traitements n'ont fait qu'empirer! À croire que cet imbécile s'est répandu en mensonges et calomnie à mon endroit! Un jaloux et un envieux, Hypolite.

Pour ce qui est d'un éventuel retour, si c'eut pu être possible l'an passé, cette année, avec le ressèrement que l'on m'impose, il se présente comme une utopie. Au reste, je n'en ai plus vraiment envie. Je devrais me battre et me battre encore et toujours et si je suis toujours alerte d'esprit, mon pauvre corps n'a plus la vivacité ni la santé de fer d'autrefois, tu sais. Je suis résolu à boire le calice jusqu'à la lie; ce qui n'empêche point vos nobles desseins de s'accomplir. Que je vive à travers mon fils, et me voilà content. Placez-le sur ce trône que je lui ai confié et chassez les Bourbons... ensuite, nous verrons bien! Méfiez-vous des haut-gradés et des élites; ils sont girouettes et incapables de coeur. Basez vos actions sur le peuple, ce peuple qui m'aime et qui ne mérite pas le retour de ces mauvais hommes que sont l'ancienne canaille.

Ainsi tu es retourné à Toulouse? Et tu vis en voisin de Soult? Salue-le de ma part et transmets mes amitiés à sa maison. Je me fais vieux, je vais devoir te quitter pour prendre ma médecine, mon bon Thomas. Garde-toi des médecins, ce ne sont que des coquins enfarinés!

Napoléon
         
         

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      Mon cher Empereur,

Tu ne peux imaginer le bonheur que m'a procuré ta lettre! En effet, j'étais dans la plus grande angoisse de n'avoir aucune nouvelle! Mais ce que tu me dis m'a beaucoup attristé! Tu ne dois pas renoncer! Tu as encore de nombreux soutiens au pays, malgré la chasse acharnée que nous fait la Police du gros Louis! Tu me demandes des nouvelles du Maréchal Masséna! Il n'a pas été exécuté, mais il est mort le 4 Avril 1817 et il paraît que sa dernière pensée fut pour toi (il a dit, juste avant de mourir, que tu étais le plus grand stratège de l'univers)! En tout cas, il avait refusé de participer au procès du Prince de la Moscowa!

À ce propos, j'étais l'autre jour à Paris pour régler quelques affaires et visiter de vieux amis de la Garde. Nous nous étions arrêtés dans un petit estaminet afin de fêter nos retrouvailles autour d'un bon verre de gnole (seule boisson que notre maigre demi-solde nous permette de consommer), quand soudain, nous entendîmes un groupe de jeunes officiers du Roi qui se réjouissaient de l'exécution du Maréchal Ney! Ils en riaient beaucoup et l'un d'entre eux se vantait même d'avoir participé à son assassinat! Ce dernier précisa même qu'on les avait revêtus de vieux uniformes de ta Garde pour que l'on pense qu'il avait été fusillé par tes fidèles! Nous ne pouvions rester impassibles devant une telle infamie et toute cette affaire s'est réglée à coups de sabres! Inutile de te préciser que le criminel en question et ses compagnons mangent maintenant les pissenlits par la racine!

Tu me demandes des nouvelles de Soult! Hélas, ce dernier a été poussé à l'exil et s'est retiré dans la famille de sa femme! Cela est dû en grande partie aux déclarations de Ney pendant son procès. Ce dernier est allé raconter que tout était prévu avec le Duc de Dalmatie pour ton retour de l'Île d'Elbe! Dernière d'une longue série de vacheries de Ney envers Soult! Tu sais bien l'hostilité qu'il éprouvait à son endroit et qui fut d'ailleurs une des causes de l'échec des affaires d'Espagne! Nous pensons toujours à faire revenir le Roi de Rome, mais je dois t'avouer que l'affaire n'est pas simple parce qu'il est quasiment prisonnier de sa famille autrichienne et, je suis désolé d'avoir à te le dire, de ta femme qui s'affiche ouvertement au bras d'un comte autrichien!

Je me suis toujours demandé pourquoi tu n'avais pas épousé la belle Maria Walewska? Elle t'avait déjà donné un fils et te fut toujours dévouée et fidèle! Certes, tu n'aurais peut être pu reconnaître ton fils comme tel, mais tu aurais pu l'adopter et le faire Roi de Pologne (elle aurait bien su t'en donner un second)!

Quel plus beau cadeau aurais-tu pu faire à tes fiers Lanciers! Ceux-ci auraient gardé avec d'autant plus d'enthousiasme les marches de ton Empire face aux troupes du perfide Alexandre! Méfie-toi de cette histoire de vin! Un médecin de mes amis m'a certifié qu'il était très facile d'y mettre du poison, sans que cela ne se remarque, il me dit qu'au pire, le vin passerait pour être de mauvaise qualité! De plus, de bruits courent que les Bourbons et les Anglais voudraient «abréger» ton séjour et tu sais de quoi ils sont capables! Voilà pour les dernières nouvelles du pays! J'attends des tiennes toujours avec la même impatience! Je t'en supplie, ne nous abandonne pas et fais très attention à ces diables d'Anglais!

À très bientôt!

Ton éternellement dévoué.

Hypolite Thomas. Capitaine des Chasseurs à Cheval de la Garde Impériale. Major au 11e Régiment de Chasseurs à Cheval. Officier de la Légion d'Honneur.
         
         

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      Mon cher Empereur,

Je n'ai plus aucune nouvelle de toi depuis ma dernière lettre et je suis très inquiet! Aussi je t'en supplie, si tu es encore de ce monde, écris-moi!

Ton dévoué. Hypolite Thomas, Capitaine des Chasseurs à Cheval de la Garde Impériale, Major au 11e Régiment de Chasseurs à Cheval. Officier de la Légion d'Honneur.
         
         

Napoléon Bonaparte

      Mon brave Hypolite!

Pardonne ce retard indécent, mais tu ne dois en vouloir qu'à ce misérable Lowe! Imagine que ce petit homme en vient à rationner le papier et l'encre! Il n'a pas déjà trouvé une brimade qu'il en invente derechef une nouvelle! Je te jure qu'on ne peut pas trouver plus méprisable que cet individu. Je crois que c'est toi qui m'attriste le plus; les mauvaise nouvelles s'accumulent depuis mon exil.

Mon siège est fait, Hypolite et il faudra t'y habituer; si jamais un Bonaparte reprend la tête de la France, voire de l'Europe, ce sera mon fils. Moi, n'y compte plus. Je déchaine trop de passions et j'ai trop à coeur les Français pour les soumettre à la vindicte et à l'opprobre. Je me contente de regarder la ligne d'horizon en direction de notre beau pays en me demandant si Marie-Louise m'aime encore... De retour, point n'est question. L'affaire est close.

Parlant de coeur, tu me rappelles ma bonne Marie, mon épouse Polonaise. Les affaires politiques ne sont point affaires de coeur, Hypolite. Marie, si bonne soit-elle ne représentait aucun espoir de paix pour la France. J'ai choisi de sacrifier mon coeur sciemment, on n'obéit pas au coeur, on en devient l'esclave et je suis trop attaché à mon peuple pour l'oublier. Tu vois, je m'emballe et je parle comme si j'étais encore autre chose qu'un souvenir...

Ne te soucie pas trop d'éventuels empoisonneurs, j'y ai pensé et seulement deux personnes avaient la clef de la cave à vin; Cipriani qui est mort maintenant, et ce brave Montholon qui embouteille lui-même ce vin du Cap qui me semble parfois bien aigre...

Dommage que ce brave Bertin ne puisse m'envoyer de son admirable vin de Bourgogne! Même coupé avec de l'eau, il demeure excellent, le sais-tu? Je vais maintenant te quitter pour aller faire ma promenade quotidienne sous le vent et la pluie, j'ai pris un peu de mieux et je m'empâte. Au point que je désespère remonter un jour, quelle misère! Prends soin de toi et récris-moi à l'occasion, mon brave!

Napoléon