Moustache, le p'tit cabot de l'Empire
       
       
         
         

christian.cadoppi@wanadoo.fr

      Sire,

Vous ne devez certainement pas vous souvenir de moi, car, si vous n'aviez pas, spécialement, de la réticence pour mes congénères, vous n'étiez pas, non plus, notre grand ami. A contrario, vous étiez loin de nous détester, à part, peut-être, le cas du possessif et rebelle «Fortuné», le carlin de votre épouse Joséphine.

Vous avez, néanmoins, rendu hommage à notre fidélité à Sainte-Hélène.

En effet, dans vos mémoires, vous aviez évoqué quelques souvenirs sur la campagne d'Italie et vos sentiments suite aux plaintes douloureuses d'un de mes congénères au soir de la bataille de Bassano le 8 septembre 1796. Voici ce que vous disiez:

«un chien sortant tout à coup de dessous les vêtements d'un cadavre, s'élança sur nous et retourna presque aussitôt à son gîte, en poussant des cris douloureux; il léchait tour à tour le visage de son maître, et se lançait de nouveau sur nous; c'était tout à la fois demander du secours et rechercher la vengeance.

Soit disposition du moment, soit le lieu, l'heure, le temps, l'acte en lui-même, ou je ne sais quoi, toujours est-il vrai que jamais rien, sur aucun de mes champs de bataille, ne me causa une impression pareille.

Je m'arrêtais involontairement à contempler ce spectacle.

Cet homme, me disais-je, a peut-être des amis; il en a peut-être dans le camp, dans sa compagnie, et il gît ici abandonné de tous excepté de son chien!

Quelle leçon la nature nous donnait par l'intermédiaire d'un animal!

Ce qu'est l'homme! et quel n'est pas le mystère de ses impressions! J'avais sans émotion ordonné des batailles qui devaient décider du sort de l'armée; j'avais vu d'un oeil sec exécuter des mouvements qui amenaient la perte d'un grand nombre d'entre nous; et ici je me sentais ému, j'étais remué par les cris et la douleur d'un chien!»


Toujours à Sainte-Hélène, vous avez eu l'occasion de dire à Madame Montholon, qui n'aimait pas la race canine:

«Si vous n'aimez pas les chiens, vous n'aimez pas la fidélité, vous n'aimez pas qu'on vous soit fidèle, donc vous n'êtes pas fidèle».

Quoi qui l'en soit Sire, je me présente: «Moustache», j'étais un solide barbet, la mascotte du 40e de ligne.

Je me suis distingué à Marengo, mais je suis surtout devenu célèbre à la bataille d'Austerlitz en ramenant, dans les lignes françaises, «l'Aigle» du régiment qui était tombé après la mort du pauvre porte-drapeau. J'ai eu, ce soir-là, tous les honneurs: une bonne gamelle et un beau collier, orné d'une médaille, que le Maréchal Lannes, en personne, me passa autour du cou.

Vous pensez, que j'étais fier comme un «cabot».

Je fus ensuite présenté à vous Sire. Je me souviens que je vous avais exécuté quelques facétieux tours comme, par exemple, le salut militaire en soulevant ma patte à la hauteur de l'oreille.

Mes aventures se terminèrent, hélas, à Badajoz, en Espagne, en 1811, emporté par un fichu boulet espagnol.

Aujourd'hui, j'ai un «Fan», grand admirateur aussi de votre personne, qui me rend hommage avec un site Web intitulé «Moustache, le p'tit cabot de l'Empire».

Je vous conseille Sire d'aller, si vous le pouvez, le visiter, car il y a toute ma biographie ainsi que des détails sur vos relations avec mes congénères.

Voici, à tout hasard, l'adresse de ce site: http://perso.wanadoo.fr/moustache-empire/

J'avais depuis longtemps très envie de vous écrire Sire et pour reprendre une de vos citations: «Ne pas oser, c'est ne rien faire au bon moment», j'ai pensé que c'était, peut-être, le bon moment…!?

Je suis, avec le plus profond respect, Sire, le très respectueux et très dévoué serviteur de votre Majesté.

Moustache.

 

       
         

Napoléon Bonaparte

      Moustache?

Un bien singulier message que voici!

M. Dumontais, vous me transmettez vraiment tous les messages, que personne n'en doute plus!

Un brave reste un brave! Lannes a bien fait de te décorer!

Il est vrai que j'ai vu de nombreux champs de bataille terrifiants et que j'ai regardé la mort en face plusieurs fois sans fermer les yeux. Mais les événements tels ce chien à Bassano et Moustache à Austerlitz viennent toucher une corde sensible à tout homme de guerre, c'est-à-dire le sens du devoir, de l'honneur et de la fidélité. Puissent-elles restées les valeurs qui nous poussent à aller jusqu'au bout de nos actions.

N.