Maria Walewska |
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| Bonjour Empereur. S'il vous plaît, parlez-moi de Maria Walewska. L'avez-vous aimée plus que Joséphine? Quand vous étiez sur l'île d'Elbe on dit qu'une dame allait vous voir... Était-ce Maria? Merci de me lire et dans l'attente d'une réponse recevez mes salutations des plus cordiales. Francine |
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| Bonjour Francine, Je dois, tout d'abord, vous avouer que votre lettre a ravivé en moi de bien beaux souvenirs, comme vous me le demandez, je vais donc vous parler quelque peu de ma belle Polonaise. J'ai rencontré la Comtesse Walewska lors de la terrible campagne de Pologne en 1807, précisément au relais de Bronie, sur la route de Varsovie. Elle fut envoyée vers moi pour plaider la cause de la Pologne et me faire part de son admiration, et je dois avouer qu'elle me fit de suite forte impression. Sa fraîcheur, son petit accent et son caractère passionné ont très vite touché mon coeur d'homme et je lui offris un bouquet de fleurs. Je dois vous confesser que j'ai cherché à la revoir instamment et notre admiration mutuelle s'est muée en amour sincère. C'était une vraie patriote, aussi fidèle à son pays qu'elle le fut à moi-même, elle désirait ardemment faire éclater les chaînes que la servitude russe faisait peser sur sa nation. La Comtesse voyait en moi le libérateur de cette Pologne dépecée, arguant du courage et de la fibre patriotique de ce peuple pour m'en convaincre, elle était cependant trop empressée de s'enquérir de la liberté, elle n'entendait que peu de choses à la politique. La création du Grand Duché de Varsovie fut ma réponse aux voeux de liberté de tout le peuple Polonais, mais je ne pouvais restaurer pleinement le royaume de Pologne sans risquer de briser la paix avec la Russie. Sans doute ce grand peuple aurait-il mérité mieux et au vu de la reconnaissance que j'ai reçu du Tsar, j'aurais dû accomplir le voeu des Polonais. Oui madame Francine, j'ai aimé la Comtesse Walewska et elle me l'a rendu par d'exquis bonheurs, je puis vous en assurer. J'ai aimé follement Joséphine depuis notre première rencontre chez Barras lorsque je n'étais qu'un général sans emploi, c'était il y a plus de vingt ans déjà, rendez-vous compte madame, mais je ne puis vous dire si mon amour pour la Comtesse Walewska était plus fort que celui que j'éprouvais pour ma douce Créole, sachez simplement que toutes deux manquent terriblement à mon coeur. Ma douce Joséphine s'est éteinte bien précipitamment et j'en fus fort affecté. Quels sont ces on-dit Madame? Le monde a décidément de bien grandes oreilles. Vous m'êtes fort sympathique, sachez-le, je vais donc vous répondre car je n'ai plus, sur cette maudite île que de belles vérités à raconter. Il est vrai que la Comtesse Walewska vînt me voir sur l'île d'Elbe, j'avais cependant pris maintes précautions pour qu'elle ne fût pas reconnue, tant nos ennemis se seraient empressés de se servir de cela pour m'éloigner un peu plus de ma femme et de mon cher fils. J'ai reçu Marie et le petit Alexandre à Monte Giove, c'était le 2 septembre 1814, voyez je m'en souviens comme si c'était hier, j'en garde un souvenir délicieux bien que leur départ précipité dans la tempête m'ait fort angoissé. Pour terminer ce courrier, sachez madame, que la Comtesse Walewska fut d'une fidélité exemplaire, à l'image de ces fiers Lanciers Polonais qui m'ont aussi accompagné jusqu'à Elbe et ne m'ont jamais trahi ni déçu, elle ne m'a laissé que de beaux souvenirs. Au plaisir de vous lire madame Francine, je vous souhaite de passer une bien belle journée. Napoléon |