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Napoléon

   


Ludwig van Beethoven
 

   

Cher Empereur des français,

Je m'appelle Monya, comtesse von Winand, j'ai 14 ans et je suis belge (j'habite dans le coin de Waterloo). Une de mes plus grandes admirations est sans conteste celle de votre contemporain, Ludwig van Beethoven. Vous me semblez avoir une ressemblance assez marquée, vous et lui. Mêmes idéaux, même physique, etc. Sauf que le domaine de Beethoven est dans les sons, et le vôtre sur le trône. Et pourtant, vous doutez-vous que vous avez fait souffrir ce grand homme atrocement pendant les deux occupations de Vienne? Le malheureux avait en effet des problèmes d'ouïe, et l'hyperacousie dont il souffrait ne lui permettait pas de supporter les 1800 coups de canon. Il a trouvé refuge chez son frère, au milieu de la ville (car il habitait sur les remparts), deux coussins appliqués sur ses oreilles malades (il devait devenir sourd 14 ans plus tard, en 1819 environ).

De plus, j'ignore si le baron de Trémont vous a parlé de sa rencontre avec Beethoven, et du dialogue qui s'ensuivit. Après cette occupation viennoise de 1805, Beethoven a dit de vous que s'il s'y connaissait en stratégie aussi bien qu'en contrepoint, il vous aurait battu. Qu'en pensez-vous? Surtout que monsieur van Beethoven (qui n'est pas noble) vouait une admiration sans bornes aux Anglais après l'occupation. Vous rendez-vous compte, Sire, que vous avez fait souffrir l'homme qui a cru en vous, qui vous croyait le défenseur des pauvres, celui qui nous libérerait de la tyrannie. À ce point-là encore, vous avez déçu l'homme qui croyait tant en vous.

C'était à vous qu'il pensait en écrivant la merveilleuse Symphonie héroïque, dont la marche funèbre «sur la mort d'un héros» est liée à votre sacre d'empereur.

Ce n'est pas que je veuille vous faire des reproches, loin de là, je vous admire trop pour vos actions et pour votre vie. La seule ombre est de vous être fait sacrer empereur. Beethoven, vers la fin de sa vie (il est mort en 1827), c'est-à-dire actuellement pour vous et il y a 179 ans pour moi, a changé d'avis vis-à-vis de vous. Il regrettait un peu la révolution française, et pensait qu'une dans le même genre ferait le plus grand bien à l'Autriche.

Cela dit, Sire, votre vie fut bien remplie; je pense que, entre vous et Beethoven, la politique et la musique étaient deux murs assez épais, que vous ne parveniez pas à vous comprendre. Trémont lui-même disait que vous entendiez peu à la musique.

En vous souhaitant une bonne soirée, aussi bonne que possible à Sainte-Hélène.

Monya, comtesse von Winand



Madame la Comtesse, je vous salue,

Soyez assurée que rien ne m'échappait lorsque je régnais sur l'Europe. Je n'ai pas voulu ces guerres contre l'Autriche; je n'ai même jamais renversé sa tête dirigeante, les Habsbourgs, malgré toutes les prises de Vienne (notez le pluriel).

Que Monsieur Van Beethoven se soit prononcé tout d'abord pour mon règne, puis contre, puis de nouveau pour, qu'il ait soutenu la couronne britannique alors même qu'il me reprochait mes lacunes de «libérateur» montre bien que cet homme de génie vivait de passions aussi puissantes que passagères. Si de telles passions mènent à de tels chefs-d’œuvre, je ne vois rien de mal à lui reprocher. Quant à sa surdité, elle n'est pas due à mes canons, il souffrait déjà auparavant de son ouie si je vous ai bien comprise.

En ce qui a trait à la musique, je préfère la musique italienne, mais je n'ai pas l'oreille musicale. Je chante faux, paraît-il. Qu'importe, mes talents sont ailleurs.

Bien à vous!

Napoléon