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À sa majesté l'empereur des Français
Sire,
Je vous écris avec
grande joie, car je n'ai de cesse, en ce siècle si loin du vôtre (deux cents ans
maintenant et quelques jours après votre glorieuse victoire à Wagram), d'admirer
vos œuvres gravées dans l'histoire de France et d'Europe.
Je suis fort
heureux de pouvoir m'entretenir avec vous, j'aurais eu tant de questions à vous
poser mais la raison et le temps m'ont restreint à un sujet précis: la Pologne.
Ce grand pays qui fut mille fois oppressé par ses voisins (ennemis de votre
majesté) la Prusse, l'Autriche et la Russie. Pourtant cette oppression, de par
l'exil des patriotes, permit à la toute jeune république de lever les légions
polonaises organisées par le général Jan Henryk Dąbrowsk, si je ne me trompe
point, servant ainsi en Italie et ailleurs, à vos côtés.
Je ne vous
ferai pas la liste de leurs faits d'armes durant la révolution et sous vos
ordres, qui sont pourtant si éloquents et innombrables, mais vous en savez plus
que moi à se sujet. J'aurais aussi eu des choses à redire sur leur emploi contre
des révoltes comme celle de l'île de Saint-Domingue ou en Italie, mais je
m'égarerais.
Ainsi donc, en 1807, par le traité de Tilsit, le Grand
Duché de Varsovie voit le jour. Les patriotes exultent, ils ont l'espoir de voir
leur nation retrouver son indépendance. Pourtant, sire, durant votre règne peu
de choses se sont faites dans ce sens.
Il est vrai que la Russie
limitait les choses pour instaurer une confiance mutuelle. Pourtant sa molle
réaction en 1809 contre l'Archiduc Ferdinand marchant sur Varsovie n'allait pas
en faveur du Tsar, sans oublier sa forte réaction pour éviter au Prince
Poniatowski de libérer la Galicie ou encore le non respect du traité, par le
blocus continental et tant d'autres exemples encore. Concernant l'Autriche, je
n'y vois aucune raison d'être clément face à toute leur traitrise et
mesquinerie.
Si j'énumère tous ces faits c'est pour montrer,
malgré une situation accablante envers les deux empires, qu'aucune sanction
contre eux ne fut prise en faveur du meilleur ou en tout cas du plus fiable
allié en votre possession, la Pologne, et particulièrement son peuple et sa
loyauté.
Sans doute n'avez-vous point vu ces signes ou aviez-vous
d'autres raisons. Si je vous ai semblé audacieux ou irrespectueux, je vous prie
de m'en excuser. La passion, la distance des siècles et le fait que l'on n'écrit
pas à un empereur tous les jours en font partie.
En tout cas,
pourriez-vous éclairer ma lanterne sur cette question: quelles étaient vos
intentions? Et qu'est-ce qui vous en a empêché?
Avec tout le respect que
l'Histoire impose, et celui d'un admirateur avisé, comme furent vos braves
Polonais.
Jean-Côme
P.S.: sachez toutefois, sire, que si je
n'étais point en mon siècle mais dans le vôtre, j'aurais de ce pas monté une
expédition clandestine et engagé un corsaire américain pour vous libérer de
votre rocher venteux. |