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Monsieur
l'Empereur,
Je vous serais reconnaissante de bien vouloir répondre à
mes questions. Dans la classe de français «quatre
honneurs», nous avons étudié l'Histoire de France.
Quand nous avons discuté de la Révolution
française, nous avons appris que vous étiez le plus
brillant général de la Révolution.
Pour moi, vous semblez très courageux. J'ai une question pour
vous: qu'est-ce que vous avez pensé quand vous étiez en
exil sur l'île Sainte-Hélène?
Aviez-vous peur, ou étiez-vous fâché avec le peuple
français? Qu'est-ce que vous faisiez pour passer le temps? Merci
de m'écrire!
Je vous prie d'agréer, monsieur l'Empereur, l'assurance de ma
considération distinguée.
Brielle
Bonjour Brielle,
Vous me demandez à quoi
je pense sur Sainte-Hélène; eh bien je pense à la
France. Non seulement la France que j'ai laissée en 1815 mais
aussi la France qui a été la mienne; je revis mes
campagnes en dictant mes mémoires et en rediscutant des faits
avec mes compagnons d'exil. Je joue avec eux aux échecs, nous
lisons les journaux que l'on apporte ici, parfois même je
reçois des visiteurs de passage dans l'île. Je
m'inquiète des incompétences d'Hudson Lowe, je pense
à mon fils prisonnier des Autrichiens.
Je n'ai jamais ressenti qu'un
profond amour pour la France, et je ne lui reproche pas les
défaites ni les malheurs. Je pense que sans la trahison de
certains personnages hauts placés, je serais encore en France
aujourd'hui! C'est à l'Angleterre que j'en veux le plus. Elle
m'a fait croire à un asile politique, mais elle m'a
envoyé pourrir ici, dans cette île vomie par le Diable.
Bien à vous,
Napoléon |