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Monsieur,
Je vous écris afin d'éclairer deux ou trois points qui, dans
vos conceptions stratégiques, m'apparaissent obscurs.
1) Sachant que le
moral compte tout autant que la qualité, pensez-vous qu'une retraite, même menée
par des troupes d'élite soit sans dommages sur les chances de victoire au cours
d'un conflit armé?
2) Sur le principe de concentration des forces.
Pensez-vous qu'il soit applicable en tout lieu, en tout temps et en toutes
circonstances? Ou bien faut-t-il le réserver à certaines occasions
précises?
3) Partant du principe qu'une ligne de front est un espace un
minimum continu. En cas d'impossibilité d'effectuer la rupture nécessaire à une
victoire rapide et d'échec de toute manoeuvre de flanc, que conviendrait-t-il de
faire pour pousser l'ennemi à reculer. Faut-il prendre soi-même la décision de
reculer pour éloigner l'ennemi de ses bases et l'affaiblir afin d'exploiter plus
tard cette faiblesse et effectuer la percée désirée, ou bien faut-il rester sur
ses positions en massant juste plus de moyens?
Espérant m'être fait
comprendre de votre majesté royale et impériale, je vous salue, en bon officier
russe.
Roman Récit
Je vous salue, monsieur Recit,
Je juge une retraite des plus néfastes
sur le moral des hommes de troupe. Rares sont les bénéfices d'une telle
manœuvre, sauf si c'est un piège tendu à l'ennemi comme à Austerlitz. Or ce
genre de piège ne fonctionne qu'en des circonstances exceptionnelles.
En
second, je dirais que RIEN n'est, comme vous le dites, «en tout temps, en tout
lieu et en toutes circonstances», car il faut savoir s'adapter aux situations,
mais surtout adapter les situations à son avantage. Mais le principe de diviser
les troupes adverses pour les vaincre en des points précis avec l'avantage du
nombre par la concentration des forces, c'est ce qui a fait la gloire de mes
premières victoires en Italie.
Finalement, la bataille frontale faisant
tant de ravages, masser des troupes en maintenant sa position serait de prime
abord mon choix.
En espérant cette réponse tardive
satisfaisante,
Bien à vous,
Napoléon 1er |